dimanche 11 octobre

21:53

À Clermont, Mélenchon soutient la jeunesse révoltée devant plus de 10 000 personnes, nouvelle démonstration de force insoumise

Dimanche 11 octobre, plus de 10 000 personnes ont rempli le Zénith d’Auvergne et son parvis, où un écran géant avait été dressé. Environ 55 000 autres ont suivi le discours en ligne. Avant le début du meeting, le leader insoumis est allé à la rencontre de la foule restée dehors, puisque les insoumis ont […]

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Dimanche 11 octobre, plus de 10 000 personnes ont rempli le Zénith d’Auvergne et son parvis, où un écran géant avait été dressé. Environ 55 000 autres ont suivi le discours en ligne. Avant le début du meeting, le leader insoumis est allé à la rencontre de la foule restée dehors, puisque les insoumis ont réussi à remplir l’intégralité du Zénith. Du jamais vu depuis 20 ans dans cette salle de Clermont-Ferrand.

En pleine révolte lycéenne et étudiante, le meeting de Mélenchon à Clermont a pris la forme d’une démonstration d’une heure sur les évènements actuels et les perspectives pour transformer la société : la fin du monde néolibéral, la dette, l’école, l’abolition de Parcoursup la planification écologique et, au bout du chemin, la 6e République.

« Nul n’est de trop »

Salle pleine à Cournon-d’Auvergne, aux portes de Clermont-Ferrand, foule massée dehors devant l’écran géant : le candidat insoumis a commencé par dire ce que ce rassemblement refusait d’être. Pas question de réduire « cette campagne hors du commun » à « quelques épisodes plus ou moins folkloriques de télévision ». Le meeting avait une fonction : éclairer le moment historique, pour que chacun trouve « la place qui lui revient dans le combat, car nul n’est de trop ».

La première image fut celle de Gaza. Deux jours plus tôt, le comité Nobel norvégien avait attribué le prix Nobel de la paix à la juriste sud-africaine Navi Pillay, qui a présidé la commission d’enquête indépendante de l’ONU ayant conclu à un génocide dans la bande de Gaza. Jean-Luc Mélenchon a salué une lauréate issue du pays qui a lancé la procédure contre Israël devant la Cour internationale de justice. Face à un crime commis « avec la complicité de tous les puissants de la terre », il a rappelé la boussole insoumise : « Depuis 1789, nous défendons partout et tout le temps les droits inaliénables de la personne humaine. »

« Ce monde vient de finir »

Le diagnostic tient en quelques mots. Le néolibéralisme, ce monde « qui depuis 40 ans fait la loi », est arrivé au bout de ses contradictions. Né dans le laboratoire de la dictature de Pinochet, étendu à toute la planète après l’effondrement de l’URSS, il a repris un à un les conquêtes sociales des peuples. Selon Mélenchon, son acte de décès porte la signature de Donald Trump : le jour où Washington a enterré la concurrence libre et non faussée pour restaurer sa puissance à coups de droits de douane, l’empire est apparu pour ce qu’il est. Ni le Groenland ni le Canada n’y ont trouvé un défenseur de la liberté.

La leçon vaut pour la gauche. « C’est parce qu’il n’y avait pas de vraie gauche aux États-Unis que M. Trump a été élu », a lancé l’insoumis, avant d’étendre le raisonnement à l’Argentine de Javier Milei et à l’Allemagne. Là-bas, plus de dix ans de grande coalition entre conservateurs, socialistes et Verts ont ouvert la voie à l’AfD, dont des membres de la branche jeunesse multiplient les signaux irrédentistes envers l’Alsace-Lorraine. À chaque fois, le pire a surgi après qu’on a fait confiance à des responsables jugés « moins clivants, plus amènes ».

Face au risque de guerre généralisée, Mélenchon a réaffirmé la ligne du non-alignement. « Nous voulons la paix. Maintenant, pas après-demain », a-t-il martelé, en refusant que la France devienne cobelligérante, en Ukraine comme en Arabie saoudite. La France doit décider par elle-même de ce qu’elle fait, où et comment, « sans aucun maître qui nous dit ce que nous devons faire ».

La crise écologique, elle, s’impose à tous, mais deux camps s’opposent sur la réponse. « Les partisans du marché continuent à penser que toute catastrophe peut être un marché » : la canicule devient une occasion de vendre plus cher l’eau, l’assurance et jusqu’aux services de pompiers. En face, l’insoumis défend une refondation de l’État autour des éco-régions, « une orientation » et non « une trouvaille de communication », chargées de l’eau, de l’air, de la fertilité des sols et des mobilités. Car la santé humaine, a-t-il insisté, dépend directement de la qualité de l’environnement.

Même exigence de souveraineté face à l’intelligence artificielle, qui « commence par nous donner une bonne claque, comme ce fut le cas de la machine à vapeur ». Pour rester des citoyens, il faut garder le pouvoir sur ce qui vient. Mélenchon refuse la colonisation numérique préparée par Emmanuel Macron, qui déroule le tapis rouge à des centres de données gourmands en eau. Il réclame la souveraineté française sur le numérique et, comme l’ONU, la Chine « et même le pape », un contrôle international de l’IA.

Dette : « Comment s’appellent-ils, où habitent-ils ? »

Sur la dette, Jean-Luc Mélenchon a renversé le récit dominant. « La France est restée plus riche qu’elle ne l’a jamais été. Toute la question est de savoir comment cette richesse se répartit. » Si les comptes vont mal, c’est d’abord parce que d’autres l’ont organisé. Ceux qui accusaient hier son programme de ruiner le pays ont eux-mêmes ajouté, selon lui, quelque 1 200 milliards d’euros de dette. Et ces milliards ne sont « pas des maternités, pas des kilomètres de chemin de fer, pas des lycées », mais des cadeaux faits à une petite poignée.

La charge la plus mordante a visé les marchés. « Rassurer les marchés ? Comment s’appellent-ils, où habitent-ils, que j’aille les rassurer ? » Derrière ce mot abstrait, il y a des fonds spéculatifs, des compagnies financières et des compagnies d’assurance, capables de parier sur la chute d’un pays et de s’enrichir de sa ruine. L’avertissement a suivi : « Ceux qui s’en prendraient à la France, si c’est nous qui gouvernons, vont sentir passer la riposte. »

Les insoumis proposent d’annuler la part de la dette française détenue par la Banque centrale européenne. Pour Mélenchon, alléger le stock de dette rétablira la confiance ; sinon, une deuxième tranche suivra, voire une troisième, et l’État pourra chercher à se financer ailleurs que sur le marché financier mondial. Il est aussi le seul candidat, a-t-il souligné, à dire comment commencer à rembourser. Les autres se taisent, « ce qui signifie qu’ils ont décidé que c’est vous qui alliez la payer ».

Cette proposition, le gouverneur de la Banque de France Emmanuel Moulin l’a jugée « illégale, dangereuse et inutile » le 11 septembre sur RTL. Ancien secrétaire général de l’Élysée, il a été installé par Emmanuel Macron malgré un vote majoritairement défavorable des commissions des finances : 58 parlementaires contre, 52 pour, la Constitution exigeant trois cinquièmes pour bloquer. Il a aussi averti dans le Financial Times que la France risquait d’être « étranglée par les taux d’intérêt ». Réponse de Mélenchon : « Quand vous parlez comme ça, vous parlez contre votre patrie, contre votre peuple et contre l’intérêt général. » Et au gouverneur qui assure qu’il ne se laissera pas intimider : « C’est bien ce qu’on va voir. »

Marine Le Pen n’a pas été épargnée. Sa « règle d’or » du déficit zéro supposerait de retirer environ 120 milliards d’euros par an au fonctionnement de l’État et des collectivités locales. Des coupes budgétaires sans fin pour les ouvriers et les paysans qu’elle prétend défendre.

Restait le patron des patrons, gardé « pour la fin ». Patrick Martin, président du Medef, a déclaré sur LCI qu’une victoire insoumise ferait « fuir » des patrons, lui compris. Mélenchon lui oppose brilamment les petits patrons qu’il rencontre : ils n’ont ni la possibilité ni l’envie de partir. « Une fois de plus, des élites irresponsables trahissent leur pays », et montrent le peu de cas qu’elles font de leurs propres leçons de patriotisme.

Lycéens et étudiants : « Le savoir n’est pas une marchandise »

Le cœur du meeting battait pour la jeunesse. Depuis la mi-septembre, un mouvement parti des lycées d’Île-de-France a gagné tout le pays. Le 1er octobre, 1 027 établissements étaient concernés, dont 222 bloqués, et une trentaine d’universités ont suivi. Les lycéens dénoncent le manque de professeurs et de personnels, des bâtiments délabrés, des classes surchargées et Parcoursup.

Le gouvernement accuse LFI de manipuler la colère alors que la jeunesse s’auto-organise. Cette jeunesse fait face à une répression totale ; à Lens, un lycéen a eu la main arrachée par une grenade, et l’IGPN a ouvert une enquête. Tirs de LBD, tête plongée dans l’eau, tabassage, gaz, 7000 gardes à vue, tout un système de répression a été mis en place, encouragé par la déclaration de Laurent Nunez qui n’a donné « aucune consigne de retenue » à ses troupes.

« Ils ne sont pas en train de faire une crise de nerfs », a répondu Mélenchon. Ils se mobilisent « pour des raisons objectives », consignées dans des cahiers de revendications : la preuve, selon lui, d’« une très grande maturité politique ». Ce mouvement est « le cri qui annonce la fin d’une période dont ils ont été les victimes ». Quelques jours plus tôt, devant les étudiants d’HEC, il balayait déjà l’accusation de récupération : « c’est le mouvement qui nous récupère ».

Car l’état des établissements n’est ni un hasard ni un oubli. Pendant plus de quinze ans, a-t-il expliqué, les néolibéraux ont méthodiquement transformé l’école en marché. Il a fallu des producteurs en concurrence : des établissements mis en compétition, une part croissante de l’emploi du temps décidée localement, des classements publiés chaque année. Il a fallu un privé surfinancé, libre de trier ses élèves quand le public accueille tout le monde. Il a fallu enfin des consommateurs en concurrence, et le contrôle continu, qui fait qu’une note ici ne vaut plus une note là-bas.

« Le savoir n’est pas une marchandise », a tonné le candidat. « Le jour où le savoir devient une marchandise, vous êtes dans une société obscurantiste », puisque c’est l’argent, et non plus l’intelligence, qui décide de sa diffusion.

Parcoursup est la clé de voûte de ce système. Mélenchon l’appelle « l’école du vice » : on exige d’un adolescent de 15 ou 16 ans qu’il formule une dizaine de vœux quand il n’a qu’une idée. « À partir du deuxième, vous commencez à mentir. » Une épreuve que vivent des familles entières, sur trois générations. Il a nommé les responsables : Jean-Michel Blanquer, artisan de la réforme du bac, Édouard Philippe, Premier ministre qui l’a mise en œuvre, et Gabriel Attal, rapporteur de la loi à l’Assemblée. Ce dernier, qui accuse aujourd’hui LFI d’utiliser les jeunes, lui promettait alors qu’aucun jeune ne resterait sur le carreau. Cette année, 100 000 jeunes n’ont pas pu entrer à l’université. La conclusion ne souffre aucune ambiguïté : « Parcoursup doit être aboli. »

L’abolition est possible « à condition de s’organiser sérieusement » : demander à temps aux jeunes où ils veulent aller, trouver des locaux (les tours de bureaux vides ne manquent pas), adjoindre aux enseignants des assistants de niveau licence.

Les lycéens professionnels ont eu droit à une attention particulière. Souvent salariés le soir et le week-end, parfois déjà parents, ils sont « les enfants chéris » de l’insoumission. Le programme prévoit de rétablir le bac professionnel en quatre ans et de créer une filière continue du CAP à la licence professionnelle. Mélenchon a aussi dénoncé la « folie » d’avoir jeté 800 000 jeunes dans l’apprentissage sans rien préparer, « en se figurant que n’importe quelle entreprise est une école ».

Enfin, si la jeunesse peine à se faire entendre, c’est qu’elle ne vote pas. « À 16 ans, on peut être émancipé » et assumer ses devoirs de parent : le droit de vote à 16 ans figure dans le programme insoumis « depuis le premier jour ». Mélenchon reviendra détailler le volet éducation avec le député Paul Vannier, et le volet jeunesse avec Louis Boyard.

Planification écologique : des milliards, mais surtout des bras

Pour Mélenchon, l’école et la planification écologique forment un tout. « Il ne suffit pas de mettre un paquet de milliards d’un côté » : il faut du travail humain, donc du savoir. Il a chiffré les besoins. 400 000 agricultrices et agriculteurs à recruter, selon la Confédération paysanne, quand la France comptait 7 millions de paysans à la fin de la guerre. Environ 300 000 personnes pour rénover les logements, alors que 2,8 millions de personnes vivent dans un logement inadapté à leurs besoins. 200 000 emplois dans les énergies renouvelables, 100 000 dans les métiers de l’électricité, en prévision des véhicules électriques.

Le réseau des lycées agricoles servira à former ces travailleurs, notamment pour fournir une alimentation bio et gratuite dans les cantines, que la plupart des maires sont prêts à servir. L’économie est réelle : des milliards non dépensés pour soigner le diabète ou les cancers. Mélenchon les appelle « les dividendes du bonheur », car certains enfants mangeront enfin trois repas par jour. La terre devra aussi produire des isolants comme le chanvre. « Non, vous ne fumerez pas votre maison », a-t-il glissé.

Aux petits patrons, il tend la main : il veut réformer la représentativité patronale pour que l’économie sociale et solidaire et les petites entreprises pèsent davantage face au Medef. La règle sera simple : « Si vous vous inscrivez dans les objectifs du plan, vous aurez des aides. » Sinon, chacun fera ce qu’il voudra, « mais sans l’argent des citoyens ».

Du PIB au bonheur : changer de boussole

« Je creuse un trou, le PIB augmente. Je le rebouche, le PIB augmente. » D’une démonstration simple, Mélenchon a tiré une exigence : juger un gouvernement sur ce qu’il améliore dans l’accès au bonheur. Bien manger, se déplacer, s’occuper de ses enfants, avoir du temps libre, ne pas arriver épuisé à 71 ans faute de retraite. Il veut faire appliquer la loi de 2015 sur les nouveaux indicateurs de richesse, largement ignorée, et l’enrichir : cancers et diabètes évités, espérance de vie en bonne santé, égalité salariale, exposition aux pollutions, richesse de la biodiversité. Dans sa maison de campagne, a-t-il confié, les papillons ont presque disparu.

Cette vision tranche avec celle de ses concurrents. Édouard Philippe propose une allocation familiale unique de 350 euros. « Vous croyez qu’on va faire des gosses pour 350 euros ? » a raillé Mélenchon. La somme ne serait pas malvenue, mais ce n’est « pas un projet ». Pour que les familles aient plus d’un enfant, il faut des crèches, du personnel qualifié et des horaires de travail compatibles avec la vie de famille.

Il en a profité pour livrer à l’ancien Premier ministre une « petite leçon de marxisme ». Longtemps, le travail gratuit des femmes à la maison a permis aux ouvriers d’aller produire des dividendes à l’usine. En voulant tout transformer en marchandise, le capitalisme a convoqué les mêmes personnes à deux endroits en même temps. Résultat : les familles paient la nourrice et la deuxième voiture, et n’ont plus les moyens d’accueillir d’autres enfants.

L’égalité salariale entre femmes et hommes paierait le retour de la retraite à 60 ans, a-t-il affirmé. Contre une société où l’on sert à table ou à la caisse bien après 65 ans, la promesse est ferme : « Nous ramènerons la retraite à 60 ans. »

Après le meeting de Mélenchon à Clermont, cap sur la 6e République

La présidentielle ne sera pas, promet Mélenchon, une « compétition de technocrates » venus s’écharper sur des taux et des chiffres, mais « la compétition d’une vision du monde ». Au bout de cette vision, il y a la 6e République, « celle du pouvoir populaire », avec le référendum d’initiative citoyenne et le référendum révocatoire pour congédier les élus dont on ne veut plus.

La suite est fixée. Le 7 novembre, la convention insoumise du Bourget dévoilera le programme ; puis, réunion après réunion, démonstration de force après démonstration de force, chaque morceau sera expliqué, comme l’a déjà été le volet bâtiment au salon professionnel du secteur. L’automobile suivra. « On a de quoi faire plusieurs gouvernements », a assuré le candidat, en rappelant que chaque dossier a été porté à l’Assemblée par une députée ou un député insoumis. Prochain grand rendez-vous : Le Havre, le 5 décembre.

À Clermont, Jean-Luc Mélenchon a voulu prouver « l’existence d’une force » qui fait que « ça vaut la peine de se battre ». Dans une France où la jeunesse bloque ses lycées pour réclamer des professeurs, le message a trouvé son public. Nul n’est de trop.

Par Léolo Kayser

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