samedi 10 octobre

11:34

« Nous abolirons Parcoursup » – L’entretien de Jean-Luc Mélenchon au groupe EBRA

Le 9 octobre, Jean-Luc Mélenchon a répondu aux questions du groupe EBRA dans un entretien. Mouvement lycéen et étudiant et leurs revendications, alternatives pour le pays, possibilité de victoire en 2027, le leader insoumis a livré son analyse des événements. L’Insoumission relaye dans ses colonnes son entretien. « L’Éducation nationale a été abaissée à un […]

par

partager

Le 9 octobre, Jean-Luc Mélenchon a répondu aux questions du groupe EBRA dans un entretien. Mouvement lycéen et étudiant et leurs revendications, alternatives pour le pays, possibilité de victoire en 2027, le leader insoumis a livré son analyse des événements. L’Insoumission relaye dans ses colonnes son entretien.

« L’Éducation nationale a été abaissée à un service chaotique délabré » – Jean-Luc Mélenchon

Vous êtes en meeting à Clermont-Ferrand au lendemain de celui de Gabriel Attal à Lyon. Un duel à distance en pleine révolte lycéenne ?

Gabriel Attal est personnellement responsable d’une partie de cette révolte. Il a été le rapporteur de la loi créant Parcoursup. Il avait affirmé que Parcoursup ne provoquerait aucune exclusion de jeunes de l’université, que pas un seul ne serait laissé sur le carreau ! Comment en arrive-t-on alors à 100 000 bacheliers sans débouché ? Une fois devenu ministre, alors que les conséquences de cette loi étaient déjà visibles, qu’a-t-il fait pour les corriger ? Rien. Les insoumis le disent depuis le début : nous abolirons Parcoursup. 

Vous êtes très en soutien du mouvement des lycéens et de la jeunesse. Sera-t-il un marqueur de la présidentielle ?

Sans aucun doute. Parcoursup sera un marqueur de la présidentielle, d’abord parce que les inventeurs de cette trouvaille, hier Premiers ministres de Macron, sont tous les deux candidats. Il y a un plan délibéré derrière la succession de leurs réformes : la marchandisation de l’éducation et du savoir. À ceux qui sont déçus ou refoulés par Parcoursup, le pouvoir dit : « Vous n’avez qu’à vous payer une fac ou une école privée !».

L’Éducation nationale a été abaissée à un service chaotique délabré où chaque jeune est sommé de préparer son petit assemblage personnel de spécialités. D’un système hier égalitaire, on est passé à un système discriminant : payez vous votre avenir ! Parcoursup est devenu une angoisse existentielle pour les jeunes, leurs familles, leurs professeurs. Car on demande des performances scolaires en refusant aux élèves les moyens d’y arriver. Ce double langage crée une profonde crise morale et psychologique dans la jeunesse.

La Macronie vous accuse de souffler sur les braises et d’attiser la violence. Que leur répondez-vous ?

Je ne suis pas obligé de répondre à toutes leurs sottises. La théorie du complot pour expliquer les mouvements sociaux est une très vieille rengaine des réactionnaires… 

Où posez-vous la limite entre le soutien et le fait d’attiser la violence ?

Je n’ai pas entendu parler d’une lycéenne qui aurait essayé de noyer un CRS ou d’un lycéen qui aurait éborgné un policier. Donc il ne faut pas inverser ! Nous sommes les seuls politiques à avoir publiquement appelé à des méthodes de combat non violentes. Les seuls à être allés dialoguer sur le terrain, les seuls au début à nous être interposé pour éviter les drames. 

Aux sommets c’est la première fois qu’on a une génération dirigeante de droite, qui n’a aucune expérience personnelle des mouvements sociaux. Jacques Chirac, au contraire connaissait le terrain. Il savait qu’il existe un lien spécial entre le mouvement de jeunesse et la vie du pays. A la mort de Malik Oussekine il avait retiré la loi Devaquet .

L’art de gouverner, ce n’est pas seulement de la comptabilité. C’est aussi l’art de faire attention aux signes qui montrent les possibilités de déflagration de la société. Lecornu n’a tenu compte de rien. Il attendu dix jours avant de se montrer. Et il a pratiqué une répression « sans retenue » comme l’a dit le ministre de l’intérieur ! Le soutien violent c’est le sien, pour Macron.

Les Français sont aussi très inquiets des finances du pays. Partagez-vous leur inquiétude ?

Bien sûr, et je crains le pire. Car face à un problème de recettes pour payer, Macron répond en faisant des coupes dans les dépenses publiques. Donc, avec ce budget il y aura davantage de chômage et de pauvreté et moins de recettes pour l’Etat. Mais pour imposer de nouveaux sacrifices, les politiques, les banquiers et le Medef crient àla catastrophe comme s’ils ne l’avaient pas eux-mêmes provoquée.

L’alternative ? 

Il y en a deux : celle de Mme Le Pen et la nôtre. Mme Le Pen propose une « règle d’or » pour la réduction des dépenses. C’est la récession garantie pendant des années. Les autres ne proposent rien de vraiment différent de la politique des coupes actuelles.

Nous, nous proposons une relance écologique et sociale de l’activité économique. D’abord le blocage des prix, une augmentation des salaires et un revenu d’autonomie pour les jeunes. Puis à mes yeux l’échec fracassant du libéralisme appliqué depuis 40 ans permet de passer à un nouveau système, celui de la planification écologique et de l’économie mixte où l’Etat est de retour.

Et la dette ?

J’en ai proposé une réduction massive sans cout en annulant la part de la dette française détenue par la Banque centrale européenne. Cela représente 600 milliards. Mais au lieu d’en débattre mes adversaires se sont contentés de répéter les slogans bidons du banquier central allemand. Résultat : aucun n’a dit comment il comptait rembourser la dette.

Vous êtes très populaire auprès de la jeunesse urbaine. Beaucoup moins auprès de l’électorat plus âgé et plus rural. Que leur proposez-vous ?

Le gouvernement veut taxer les retraités. Il organise une opposition entre générations.  Mais 1800 euros de retraite par mois à deux, c’est peu. Je m’oppose à cette ponction par le budget Lecornu . Notre reploiement des services publics et la planification écologiquedésenclavera la ruralité. Et priorité à la santé. On ne doit pas se resigner aux déserts médicaux ruraux. Car on ne choisit pas d’être malade ! Pour nous les ainés ont mérité le droit d’être respectés.  

Notre règle là : donner selon ses moyens, recevoir selon ses besoins. Je m’engage : la Sécurité sociale continuera et se développera. Notre projet de « Sécurité sociale intégrale » prévoit l’absorption des mutuelles On économisera ainsi tous les frais exorbitants des mutuelles en publicité, administration ou marketing. Et nous garantirons les lunettes et les soins dentaires gratuits. Notre système du 100% sécu est financé. Je le dis aux ainés: le remède à leurs problèmes, c’est notre programme ! Pas le choc macroniste  entre les générations !

On connaitra ce samedi le gagnant de la primaire sociale-démocrate ou les deux finalistes. Avez-vous une préférence ?

Nous avons décidé de ne pas nous en mêler. J’ai noté que le nombre d’inscrits à cette primaire atteint 140 000 inscrits. De mon côtéj’enregistre cette semaine le 400 000e parrainage citoyen à ma candidature. Je me sens mieux entouré. 

Vous êtes largement en tête des candidats de gauche mais systématiquement battu pour le second tour. Comment faire pour convaincre au-delà de votre socle ?

Les commentateurs ne comprennent pas ce qui se passe. Ils analysent le second tour avec les yeux du passé et des sondages fantaisistes. Cela ne veut plus rien dire ! Le soir du premier tour, le tableau aura changer de fond en comble grâce au recul de l’abstention. Comme pour notre victoire en 2024. Je suis donc un gagnant possible. Pas certain, mais possible. Et arrêtons de laisser raconter que la majorité du peuple français est raciste ou qu’elle est pour l’inégalité. Ce n’est pas vrai. 

Vous comptez sur le réflexe contre l’extrême droite ?

Je crois à mieux encore : les gens ne vont pas seulement se positionner « contre » : ils vont voter « pour ». La société se polarise autour de deux corps d’idées : l’entre-aide ou le chacun pour soi ? Une nouvelle France solidaire ou la France aigre de la discrimination ? 

Pour aller plus loin : « Le 6 octobre, jour de mémoire et de leçons politiques » – L’analyse de Jean-Luc Mélenchon

sur le même sujet

Devise SS sur le bras, casquette nazie, ces actes antisémites du RN invisibilisés par les médias
Trois ans plus tard, le mirage du cessez-le-feu et l’enfer quotidien du génocide à Gaza
L’ONU inquiète de la répression des jeunes en France, plus de 6 800 jeunes placés en garde à vue depuis le début du mouvement
« Le 6 octobre, jour de mémoire et de leçons politiques » – L’analyse de Jean-Luc Mélenchon

Rechercher