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Mardi 8 septembre, le mouvement de mobilisation des pompiers a été largement suivi dans toute la France comme en Haute-Garonne, dans l’Aude, l’Hérault, la Haute-Loire, le Rhône. En Savoie, à Chambéry, les pompiers se sont rassemblés devant la caserne et ont manifesté dans la ville. Dans le Puy-de-Dôme, 100 % de grévistes à Clermont-Ferrand et à Chamalières. Neuf organisations syndicales de pompiers ont déposé un préavis de grève du 8 septembre au 20 octobre. L’intersyndicale a été reçue au ministère de l’Intérieur par le directeur général de la Sécurité civile et de la gestion des crises.
À la sortie, les responsables syndicaux n’ont pas masqué leur colère, bien au contraire. « Après le 13 août, on a eu un blabla politique. Là on a eu un blabla institutionnel », a déclaré à la sortie David Saquet, président de l’Unsa Sapeurs-Pompiers. « Rien de concret pour les pompiers ! On appelle tous les sapeurs pompiers professionnels, tous les personnels administratifs, techniques et spécialisés dès le 27, le 28 et massivement le 29 septembre. La colère va monter, elle gronde dans les casernes. Avec ce qu’on vient de voir ce matin, la colère n’est pas prête de s’apaiser ». Notre article.
« Sécurité civile : les pompiers demandent des moyens, pas qu’on leur explique comment s’en passer ! »
La parole à Guillaume Coubronne, pompier volontaire dans le Rhône.
Les neuf organisations syndicales représentatives des SDIS ont récemment lancé ensemble un signal d’alarme. Effectifs insuffisants, équipements vieillissants, moyens qui ne suivent plus l’évolution des risques, personnels sous pression : le constat est largement partagé sur le terrain.
Dans le même temps, le Gouvernement prépare un projet de loi de modernisation de la Sécurité civile, issu notamment des travaux du Beauvau de la Sécurité civile, accompagné d’un plan d’actions 2026-2028 pour les sapeurs-pompiers volontaires.
Certaines mesures annoncées peuvent répondre à de réels besoins (…) mais ne répondent pas à la question centrale : quels moyens humains, matériels et financiers supplémentaires seront réellement donnés aux SDIS ?
Car pendant que les pompiers réclament des effectifs et des moyens, une partie de la réponse envisagée consiste à « recentrer » leurs missions et à mieux répartir le secours à personne entre les différents acteurs, notamment pour réduire les interventions liées aux carences ambulancières.
Mieux coordonner les pompiers, le SAMU, les établissements de santé et les transporteurs sanitaires est évidemment nécessaire. Mais cette réorganisation ne doit pas devenir le moyen de gérer la pénurie.
Lorsque les pompiers expliquent qu’ils manquent de femmes, d’hommes, de véhicules et de matériels, la réponse ne peut pas être de leur expliquer comment intervenir moins.
Le développement du recours aux sociétés d’ambulances privées pose donc une véritable question. Il ne s’agit pas de remettre en cause les ambulanciers, leur professionnalisme ou leur rôle indispensable dans notre système de santé. La question est celle du modèle que nous voulons construire.
Le recours au privé ne peut pas devenir la variable d’ajustement permettant de compenser durablement le manque de moyens du service public.
Pour le citoyen qui compose le 15, le 18 ou le 112, la question est simple : combien de temps faudra-t-il pour que quelqu’un arrive et avec quels moyens ?
Il ne doit pas avoir à se demander si un opérateur privé est disponible, si l’intervention entre dans telle ou telle compétence ou si son territoire dispose de suffisamment de moyens. L’égalité devant les secours doit être garantie partout en France.
Le secours à la population est une mission essentielle de la République. Il ne peut pas être traité comme une simple prestation dont on chercherait en permanence à réduire le coût.
À l’heure où le Gouvernement fait le choix politique de consacrer des dizaines de milliards supplémentaires au budget militaire, il devient difficilement acceptable d’entendre qu’il faudrait, dans le même temps, rationaliser, réorganiser ou transférer certaines missions faute de moyens pour nos services de secours.
Les choix budgétaires traduisent des priorités. Et nous refusons que la préparation à d’éventuels conflits de demain se fasse au détriment de la protection quotidienne de la population aujourd’hui.
Avant de trouver toujours plus de milliards pour l’effort militaire, l’État doit être capable de garantir les effectifs, les véhicules, les équipements et les financements nécessaires à ceux qui sauvent des vies chaque jour sur notre territoire.
Un pays qui augmente massivement ses dépenses militaires tout en laissant ses pompiers réclamer des effectifs et du matériel fait un choix politique que nous avons le droit de contester : la sécurité des Français ne peut pas devenir la variable d’ajustement de l’effort de guerre. Protéger les Français, c’est aussi pouvoir intervenir rapidement lors d’un incendie, d’un accident de la route, d’une catastrophe industrielle, d’une inondation, d’un feu de forêt ou lorsqu’une vie est directement menacée.
On peut difficilement expliquer aux citoyens que des efforts budgétaires majeurs sont indispensables pour préparer les risques de demain tout en demandant aux services qui les protègent aujourd’hui de fonctionner avec toujours plus de contraintes.
La modernisation de la Sécurité civile doit donc s’accompagner d’engagements concrets : financement pérenne des SDIS, recrutements, fidélisation des volontaires, renouvellement des véhicules et équipements, amélioration des conditions de travail et véritable reconnaissance des personnels.
Et surtout, l’organisation du secours à personne doit rester guidée par une priorité : la rapidité et la qualité de la prise en charge de chaque citoyen, quel que soit l’endroit où il vit.
Quand neuf organisations syndicales sur neuf alertent ensemble, le Gouvernement doit entendre le message.
La réponse au manque de moyens ne peut pas être d’organiser la pénurie. La Sécurité civile a un coût. La sécurité de la population, elle, n’a pas de prix.
« Cet été, les seuls à avoir constaté qu’il n’y avait pas de manque de moyens étaient les membres du gouvernement ! »
Extraits de l’intervention de Sébastien Delavoux, sapeur-pompier et animateur du collectif CGT des Services départementaux d’Incendie et de secours (SDIS) lors d’une conférence aux derniers Amfis de la France Insoumise.
« Nous avons perdu 1 000 camions dédiés à la lutte contre les feux de forêt. Nous l’avons dit au ministre. Alors que tout le monde nous explique que le phénomène empire et devient de plus en plus dangereux, nous sommes passés de plus de 5 000 véhicules à environ 4 000 aujourd’hui. Nous avons aujourd’hui 20 bombardiers d’eau. Nous en avions 21 en 1983 (…) La majorité des moyens aériens sont loués par les départements, parce que ceux-ci commencent à avoir des doutes sur la disponibilité de la flotte de l’État. Cette année, la Sarthe a loué un hélicoptère ! (…)
Le service public des sapeurs-pompiers est le seul qui fonctionne avec 80% de personnes qui ne sont même pas considérées comme des travailleurs, avec une disponibilité qui est forcément aléatoire. Nous avons également 44 000 sapeurs-pompiers professionnels, qui sont des fonctionnaires territoriaux et qui peuvent se syndiquer. Dans la série des moyens inadaptés, il faut aussi parler des locaux. Lorsqu’il y a une canicule et que vous revenez d’un feu, même si l’intervention n’a pas duré trois jours, vous êtes épuisé, parce qu’il s’agit d’efforts extrêmement exigeants. Vous passez une nuit sur un feu, il fait 35 degrés, puis vous revenez dans une caserne où il fait toujours 35 degrés. Vous essayez alors de récupérer en attendant de repartir sur intervention. Les locaux ne sont donc pas adaptés. Et nos engins ne le sont plus non plus (…)
Le député Damien Maudet (rapporteur du projet de loi de finances sur les moyens nationaux de la Sécurité civile) expliquait que l’on consacre trois fois plus d’argent au traitement des ordures ménagères, par habitant, en France, qu’aux pompiers. Cet été, les seuls à avoir constaté qu’il n’y avait pas de manque de moyens étaient les membres du gouvernement. Tous les autres ont constaté que, si l’on mobilise des engins pour lutter contre les feux en milieu forestier, c’est parce qu’on ne dispose plus de suffisamment de moyens spécifiques. »
Pour aller plus loin : Incendies – Annulation des crédits pour les Canadairs, Gabriel Attal de plus en plus acculé

« Les forces de pompiers ont été démobilisées du Porge pour préserver la presqu’île du Cap Ferret »
La parole à Gwen, habitant du Porge (33) et militant insoumis.
On est ici, devant ta maison. Tu fais partie des habitants du Porge qui ont tout perdu cet été avec les incendies. Peux-tu expliquer selon toi comment on en est arrivé là ? Comment ça s’est passé ?
Tout est parti d’un feu de broussailles à une vingtaine de kilomètres de là. Les pompiers étaient présents au moment où le feu faisait à peine un mètre de haut sur dix de long. Le président de la DFCI était aussi présent et ils lui ont dit qu’il fallait attaquer le feu maintenant parce qu’il risque de prendre des grosses proportions. On était sur la quatrième canicule de l’année. Les fougères, la végétation étaient très sèches. On était au-delà de 30 degrés avec moins de 30 % d’humidité. Ils ont eu tort de ne pas faire intervenir les pompiers sur ce feu. On connaît les résultats aujourd’hui : 42 000 hectares ont brûlé avec 250 habitations.
J’étais en vacances au moment de la destruction de ma maison. D’autres personnes ont subi le stress des évacuations. On n’a reçu aucune info. C’est un voisin qui était resté sur place, qui filmait toute la rue et c’est là qu’on a reconnu les vestiges de notre maison.
La préfète a tenu plusieurs réunions sur la commune, le maire aussi. La préfète est venue avec Marc Vermeulen, le directeur du SDIS 33, celui qui commandait donc les forces de pompiers avec d’autres hauts gradés ou sous-préfet. Il y avait 500 personnes dans la salle, toutes sinistrées puisque 75% de la commune a brûlé. Les gens ont témoigné, raconté que si des maisons sont encore debout, c’est parce que des personnes sont restées et ont risqué leur vie pour cela. La préfète a passé son temps à botter en touche. C’est limite si on ne devait pas les remercier d’être toujours en vie ! Les forces de pompiers ont été démobilisées pour préserver la presqu’île du Cap Ferret.
Et pendant ce temps au Porge, aucune info, aucun ordre d’évacuation, la sirène n’a pas sonné. Il n’y a pas eu de morts mais on n’est pas passé loin. La mairie a pris en charge le relogement d’une quarantaine de familles sinistrées, principalement au camping. 600 personnes, soit le quart de la population, risque de quitter la commune. Ceux qui restent vivent dans un champ de ruine. C’est pas humain, On peut pas vivre , on peut pas avoir des projets, on peut pas faire grandir nos enfants dans un tel environnement ! Les étés chauds, ça va continuer. Si rien n’est fait, d’autres personnes connaîtront de tels traumatismes, ce n’est pas possible !
Un groupe d’action de la France insoumise s’est créé au Porge cet été et tu en fais partie…
Oui. On est plusieurs à vouloir donner du sens à ce qui s’est passé fin juillet. Avec plusieurs personnes, qui ont des connaissances politiques ou non, qui ont un avis politique ou non, on s’est regroupées en se disant : Qu’est-ce qu’on peut faire ? Quelles actions on peut avoir ? On s’est rendus compte que ces incendies avaient des causes politiques : pas assez de Canadairs ; le fait que la base de Mont-de-Marsan n’ait pas vu le jour quand Retailleau et Darmanin étaient aux responsabilités. La question de la monoculture du pin se pose aussi. Il y a déjà eu de gros incendies au Porge en 1949, en 1989 et il n’y a eu aucune remise en question. On a regardé quel était le parti politique le plus à même de nous aider, un parti qui fédère, un agenda autour de l’école, autour de l’accompagnement social aussi, des gens qui sont sinistrés. C’est la France insoumise qui nous paraissait le plus axée là-dessus, la force politique qui a le plus conscience des enjeux écologiques du moment.
Propos recueillis par notre correspondante