vendredi 21 août

19:55

Amfis 2026 : une conférence de haut vol sur le suprémacisme 

Suprémacisme. Les Amfis 2026, dernières universités d’été de LFI avant l’élection présidentielle, commencent très fort. Devant une affluence plus massive que jamais, et face à un public bondé, le député insoumis et antifasciste Raphaël Arnault, l’historienne Sylvie Laurent et le philosophe Norman Ajari ont débattu du suprémacisme, l’idéologie qui veut qu’un groupe humain soit par […]

suprémacisme amfis

par

partager

Suprémacisme. Les Amfis 2026, dernières universités d’été de LFI avant l’élection présidentielle, commencent très fort. Devant une affluence plus massive que jamais, et face à un public bondé, le député insoumis et antifasciste Raphaël Arnault, l’historienne Sylvie Laurent et le philosophe Norman Ajari ont débattu du suprémacisme, l’idéologie qui veut qu’un groupe humain soit par nature supérieur à d’autres. Notre brève. 

Pour aller plus loin : AMFIS 2026 – Programmation exceptionnelle, record de participation, LFI prépare un nouveau tour de force

Aux AMFIS 2026, une conférence sur le suprémacisme pour mieux nommer les ennemis du peuple

Cette ultra-brutalisation des rapports de domination, comme le dit Raphaël Arnault, trouve une de ses expressions les plus violentes dans la société israélienne actuelle, avec son apartheid, ses humiliations et, maintenant, sa politique génocidaire envers le peuple palestinien. Le suprémacisme israélien, qui a ses relais en France, fournit des justifications au génocide, à la colonisation et aux exactions en Cisjordanie, à Gaza, au Liban…

Les États-Unis, meilleur allié d’Israël, plongent aussi leurs racines dans la domination des propriétaires blancs sur les minorités. Comme le rappelle Sylvie Laurent, le suprémacisme a une place singulière dans l’histoire étatsunienne. Le pays entier s’est bâti, sur un mode de production des richesses et de relations sociales construit sur la domination des Blancs sur les autres.

Mais, selon l’historienne, le suprémacisme blanc n’apparaît que lorsque « le monde des blancs s’effondre ». Les révoltes d’esclaves puis l’abolition de l’esclavage en Amérique (1865), puis l’ouverture de nouveaux droits pour les anciens esclaves noirs (éducation, droits politiques…). Insupportable pour les élites politiques et les propriétaires terriens du sud du pays, nostalgiques de leur ancien pouvoir sur les populations noires. En cela, le suprémacisme blanc qui se développe à partir des années 1860 est un véritable projet de reconquête des privilèges des blancs.

L’exemple le plus tristement célèbre de ce déchaînement de violences est le Ku Klux Klan (KKK) : les humiliations, lynchages et meurtres qu’il fait subir aux Noirs américains sont une mise en scène de la domination (en partie perdue depuis l’abolition de l’esclavage) qu’il aspire à retrouver. Cette aspiration à la suprématie des Blancs sur les autres subsiste, voire progresse parmi les élites américaines contemporaines. 

Le techno-fascisme : nouveau visage du suprémacisme blanc

Norman Ajari s’est penché sur cette extrême droite qui a émergé dans la Silicon Valley, parmi les grands patrons de la Tech étatsunienne, comme par exemple la « Mafia Paypal », fondée par Elon Musk et Peter Thiel, actuel patron de Palantir. Les deux hommes ont une jeunesse très similaire. Musk a grandi dans l’Afrique du Sud de l’Apartheid et Thiel en Namibie, qui connaissait un régime similaire. Les deux sont issus d’une famille de grands bourgeois blancs, propriétaires de mines d’uranium et de pierres précieuses, bien intégrés dans les milieux suprémacistes locaux. 

Musk et Thiel ont donc grandi dans cette idée que, par nature, les blancs seraient supérieurs aux autres, tout en étant biberonnés au darwinisme social, cette idée qui veut que seuls les individus les plus forts, les mieux adaptés, survivent dans cette éternelle lutte à mort qu’est la vie. Une vision du monde partagée par les libéraux comme par les nazis : le technofascisme exploite à fond cette passerelle idéologique, pour fasciser leurs entreprises. 

En effet, là où les fascismes du 20e siècle s’expriment à travers un État et des instances politiques (Italie fasciste, Allemagne nazie), le techno-fascisme s’incarne d’abord dans des entreprises de la Tech américaine, considérées neutres politiquement selon le dogme libéral. Cette nouvelle forme de l’extrême droite résout donc une contradiction du fascisme historique : d’un côté le grand rôle joué par un seul chef (un Duce ou un Führer), de l’autre la grande place faite au « peuple » (dans son sens le plus excluant) dont le chef n’est que l’émanation. Le techno-fascisme balaie cette tension : pas de place au peuple dans une entreprise. 

Par conséquent, le culte de la personnalité du chef, qui a jadis rendu les visages d’Hitler et de Mussolini si célèbres, se voit recyclé par le culte de « l’entrepreneur de génie », si cher à nos néolibéraux et à l’extrême droite contemporaine ! L’entreprise de Musk ou selon Steve Jobs est une sorte de monarchie absolue, centrée sur le culte de l’efficacité, de l’obéissance… Pour eux, ce modèle devrait être dupliqué à toute la société. 

En somme, le suprémacisme crée une répartition inégale de l’avenir. Aux riches hommes blancs un futur radieux grâce à leurs technologies, tandis que les minorités sont laissées sur le côté. Derrière le suprémacisme, ce sont toujours des conditions matérielles d’existence et des rapports de domination qui sont en jeu. 

Par Alexis Poyard

sur le même sujet

AMFIS 2026 – Programmation exceptionnelle, record de participation, LFI prépare un nouveau tour de force
Pesticides dangereux : un vote prévu le 29 octobre à l’Assemblée nationale pour les interdire
« Je préfère mourir plutôt qu’être séparée de mes enfants ! » – À Vesoul, mobilisation pour défendre une mère de famille de 6 enfants menacée d’expulsion
« Soudain », par Ryūsuke Hamaguchi, avec Virginie Efira et Tao Okamoto

Rechercher