Queen. Nouvel épisode de la guerre culturelle menée par le Rassemblement national dans les villes qu’il dirige. À Orange (Vaucluse), le nouveau maire RN Jean-Dominique Artaud a annulé le spectacle « Queen Forever », un hommage à Freddie Mercury qui devait réunir 650 choristes amateurs sur la scène du Théâtre antique le 4 septembre. Prétexte affiché : des raisons budgétaires. Il s’agit en réalité d’une décision idéologique motivée. Notre article.
Hommage à Queen à Orange : un projet fauché à la dernière minute
Le producteur David Hardit avait un rêve simple : offrir à des centaines de choristes bénévoles, habitués aux salles des fêtes, l’une des plus belles scènes de France. Le contrat, signé en février avec l’ancien maire Yann Bompard, fixait le coût pour la ville à 41 145 euros. Un événement gratuit pour le public, monté depuis des mois.
Mais la mairie a changé de mains. Investi par le RN, Jean-Dominique Artaud a décidé fin juin de tout annuler, sans passer par le conseil municipal et sans plus de précisions. Le producteur a saisi le tribunal administratif de Nîmes, qui tranchera le 27 juillet. Il chiffre à près de 100 000 euros les frais engagés par les choristes (transport, hébergement, restauration) qui risquent d’être perdus.
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L’argument budgétaire ne tient pas
Coup de théâtre : c’est l’ancien maire Yann Bompard lui-même, pourtant héritier du fief d’extrême droite bâti par son père, qui déboule la version de son successeur. Dans une attestation écrite, il rappelle que la ville affichait fin 2025 un excédent de près de 2 millions d’euros et une trésorerie de près de 10 millions. Difficile, dans ces conditions, de faire passer un spectacle à quelques dizaines de milliers d’euros pour une menace sur les finances publiques.
Alors quoi ? Le producteur refuse de croire que l’homosexualité de Freddie Mercury ait pesé dans la balance. Il n’empêche : sabrer à la dernière minute un événement hérité de l’ancienne équipe, c’est bien un geste politique. « Pour un parti qui s’appelle « rassemblement », ça fait plus démembrement », résume-t-il, amer.
La culture : l’ennemi du Rassemblement national
Orange n’est pas un cas isolé. Partout où le RN prend une mairie, la culture est mise au ban. À Vauvert (Gard), le maire Nicolas Meizonnet a privé de subventions le festival Jazz à Vauvert, contraint de se replier sur une commune voisine. À Castres (Tarn), le maire Florian Azéma vient d’annuler Passeport, une pièce d’Alexis Michalik racontant des parcours d’exilés. Détail qui ne s’invente pas : son directeur de cabinet a fait ses armes auprès du clan Bompard, à Orange justement.
De Montargis à Orange, de Carcassonne à Vauvert, le constat est le même : le parti de Marine Le Pen censure, rabote et met la culture au pas. Le RN au pouvoir, c’est le RN contre la culture populaire, celle des bénévoles, des passionnés, de ceux qui font vivre les scènes des villes de France.