L’Insoumission et Informations ouvrières s’associent pour proposer à leurs lecteurs des contenus sur les résistances et les luttes en cours aux quatre coins du pays. À retrouver sur tous les réseaux de l’Insoumission et d’Informations ouvrières.
Après la conférence et le meeting international contre la guerre, des 4 et 5 octobre dernier à Paris, un deuxième initiative du même ordre, et de masse, a lieu à Londres, les 19 et 20 juin, réunissant plus de 3 000 militants représentant des centaines d’organisations syndicales et politiques à travers l’Europe et les États-Unis. Parmi eux, 800 Français ; syndicalistes (bien souvent mandatés par leurs organisations syndicales ; fédérations, unions départementales, unions locales, syndicats nationaux, syndicats de base…) de la CGT, de FO… militants politiques de LFI, du POI…des élus municipaux ou en encore des députés LFI parmi lesquels Jérôme Legavre, Nadège Abomongoli et Danièle Obono. L’Insoumission et Informations ouvrières vous en font le récit, et publient l’appel lancé à la suite du meeting international. Notre article.
« Des salaires, pas des armes ! »
La veille du meeting, une atmosphère d’enthousiasme régnait alors qu’environ 200 délégués venus d’Europe et d’ailleurs se rassemblaient au siège du NEU, à Hamilton House à Londres, pour la réunion préparatoire de planification des actions. Une brève introduction a été donnée par un panel d’intervenants comprenant Daniel Kebede, secrétaire général du NEU (National Education Union), qui a souhaité la bienvenue aux participants, ainsi que Lindsey German, de Stop the War, qui a souligné un point essentiel : la réponse au projet impérial américain ne réside pas dans le réarmement européen et l’ennemi de chacun se trouve avant tout dans son propre pays,
Tout au long de la réunion, de nombreux intervenants ont eu l’occasion de prendre la parole. Des militants venus d’Ukraine et de Russie ont plaidé pour la solidarité avec les dissidents et les déserteurs des deux pays. Des étudiants français et allemands engagés contre la conscription, ainsi que des syndicalistes et organisations de plusieurs pays, ont défendu l’idée de privilégier les dépenses sociales plutôt que la guerre et de mobiliser le mouvement ouvrier contre les coupes budgétaires récurrentes destinées à financer des dépenses militaires toujours plus importantes.
Le samedi, le grand meeting était organisé en deux sessions organisées au Westminster Central Hall, en plein cœur de Londres. La première était consacrée à la dynamique mondiale vers la guerre. Des parlementaires venus de toute l’Europe ont dénoncé les augmentations des budgets militaires décidées par leurs gouvernements. Plusieurs députés britanniques, dont l’ancien dirigeant travailliste Jeremy Corbyn, ont insisté sur la nécessité de construire une opposition aux coupes dans les dépenses sociales et à l’augmentation des dépenses militaires, quel que soit le successeur de Keir Starmer au poste de Premier ministre.
Le rassemblement a également donné la parole à plusieurs dirigeants syndicaux, dont Ian Hodson (BFAWU), Jo Grady (UCU) et Fran Heathcote (PCS). Tous ont évoqué les effets des salaires stagnants et de la baisse du niveau de vie sur leurs adhérents, ainsi que la nécessité de s’opposer à de nouvelles dégradations destinées à financer les guerres des classes dirigeantes.
Jo Grady, qui avait présenté avec succès la motion « Des salaires, pas des armes » lors du congrès du TUC, a souligné la nécessité pour les syndicats d’intensifier leurs campagnes contre l’augmentation des dépenses militaires afin de refléter la politique actuellement adoptée. Elle a également rappelé que ce changement de position constituait une victoire importante pour le mouvement anti-guerre, compte tenu de la politique précédente de soutien inconditionnel à l’augmentation des dépenses de défense.
La seconde session était consacrée à la montée des tensions guerrières en Europe. Parmi les intervenants figurait Jérôme Legavre, député de La France insoumise, qui a joué un rôle déterminant dans l’organisation de la conférence pour la paix de Paris et a dénoncé l’augmentation des dépenses militaires décidée par Emmanuel Macron. Les délégués français, rejoints par d’autres participants, ont scandé « Macron démission ».
John Rees, responsable national de Stop the War, a prononcé un discours mobilisateur appelant la classe ouvrière européenne à s’unir et à résister à ce qu’il a qualifié de guerre de classe menée par les dirigeants.La conférence s’est prolongée dans les rues autour du Central Hall, dans une atmosphère mêlant enthousiasme et détermination.
Un week-end qui aura matérialisé incontestablement un élargissement et un approfondissement considérables dans le regroupement nécessaire de toutes les forces disponibles pour arrêter la politique de guerre à l’échelle internationale pour les besoins de l’impérialisme en crise.
Passer à l’action : des mobilisations dès l’automne contre la guerre et le génocide
Sur la base de cette force rassemblée, un élément a traversé la discussion : la nécessité de passer à l’action ! C’est la conclusion donnée par la conférence du samedi et l’appel qui y a été adopté (à lire ci-dessous). Ses actions coordonnées ont été décidées, garantissant que les paroles prononcées durant la conférence se traduiront par des initiatives concrètes à l’automne. Une journée internationale de mobilisation pour la Palestine est prévue le 10 octobre, ainsi qu’une journée d’action en solidarité avec les dockers de Gênes (date à confirmer), qui ont refusé de charger des armes destinées à Israël, et les journées d’action contre la conscription prévues les 21 et 22 novembre.
Oui, la nécessité de passer à l’action au plan international avec les forces capables de bloquer la guerre, ses livraisons d’armes, ses budgets de guerre, la militarisation de la jeunesse et la conscription, ses coupes dans tous les budgets sociaux…
Bloquer la guerre et ses criminels
« L’ennemi de chacun se trouve avant tout dans son propre pays », a souligné Lindsey German, de l’organisation Stop the War Coalition, dans son introduction à la conférence invitant les participants à inscrire l’action concertée au plan international comme l’action de chacun contre son propre gouvernement, car bloquer la guerre signifie bloquer les gouvernements responsables de la guerre. Entre les délégués, le cas français est source de discussions notamment en vue de l’élection présidentielle. La candidature de Jean-Luc Mélenchon, et sa proposition de construire un front du refus de la guerre, sont source d’espoirs.
« Non à la militarisation et à la conscription, des moyens pour le bien-être, pas pour la guerre » – L’appel du meeting international
Depuis cette conférence internationale contre la guerre, nous élevons nos voix unies : contre la guerre et le génocide, contre la menace nucléaire grandissante, et pour la paix. Nous sommes réunis pour tirer la sonnette d’alarme : pour arrêter la marche à la guerre, ainsi que le nationalisme et le racisme qu’elle engendre. Ensemble, nous disons NON au réarmement et à la conscription, et OUI à des systèmes de santé, d’éducation et des services publics correctement financés, à des emplois décents et à des salaires plus élevés.
Nous reconnaissons et condamnons la complicité des gouvernements qui ont facilité et continuent de permettre le génocide en Palestine, qui ont alimenté l’horrible bain de sang et fait obstacle à un cessez-le-feu en Ukraine, qui ont attaqué l’Iran souverain, le Liban et le Yémen, et qui continuent de mener des guerres et des interventions militaires à travers le monde. Des millions de personnes sont mortes ou blessées, les infrastructures sont détruites, des vies et des espoirs sont anéantis, afin de sauver le système capitaliste qui engendre la guerre et la barbarie.
Nous n’acceptons pas la descente dans le chaos et la guerre, dont une grande part peut être imputée à l’impérialisme américain. Nous rejetons absolument l’intervention politique et militaire de Trump au Venezuela, ses menaces guerrières contre Cuba, et nous affirmons notre solidarité avec les peuples de tous les pays menacés par Trump et ses alliés.
Nous reconnaissons et condamnons également le rôle des gouvernements européens, en particulier ceux de Starmer, Macron et Merz, dans l’escalade de la marche à la guerre : nous rejetons leur préparation active à la guerre, qui se déploie sur tout le continent, l’augmentation constante des dépenses militaires de l’OTAN, et nous nous engageons à nous y opposer et à les faire reculer.
Nous rejetons la dégénérescence de nos sociétés provoquée par le pillage des richesses publiques, arrachées à nos territoires et à nos services publics pour être versées dans les poches des fabricants d’armes. Nous ne sommes pas dupes du faux récit selon lequel les dépenses d’armement permettraient de régénérer nos industries et nos économies. Nous soutiendrons et encouragerons la mobilisation syndicale contre les dépenses militaires.
Nous défendons de véritables investissements dans nos sociétés, afin de garantir une sécurité réelle aux travailleurs et à toute la population : pour nos systèmes de santé, pour des salaires et des conditions de travail décents, pour les transports, l’éducation et le logement. Nous n’accepterons ni la conscription militaire ni la militarisation de l’éducation : nous ne permettrons pas que nos fils et nos filles soient envoyés tuer et se faire tuer.
Nous faisons face à des obstacles redoutables et à des défis sans précédent. Aujourd’hui, nous reconnaissons que la seule manière d’être efficaces face aux forces puissantes qui se dressent contre nous est de nous organiser internationalement et d’agir de manière stratégique dans l’intérêt des peuples. La solidarité est cruciale, comme l’est tout autant la coordination internationale, avec le mouvement ouvrier, pour riposter aux gouvernements bellicistes et à l’augmentation des dépenses militaires. Nous travaillerons ensemble à l’élaboration d’un cadre permettant d’aller de l’avant.
Construire ce mouvement est essentiel pour garantir un avenir à notre planète et à l’humanité. Tel est notre engagement aujourd’hui : organiser un mouvement irrésistible pour la paix, contre le projet impérialiste américain, et lutter pour la vie et les moyens d’existence de tous les travailleurs, pour un autre monde, meilleur.
Nous appelons à participer à :
– la journée du 10 octobre pour la Palestine, pour mettre fin à trois années de génocide et à des décennies d’occupation et d’apartheid ;
– un week-end d’action contre la militarisation et la conscription, les 21 et 22 novembre ;
– la journée d’action des dockers contre la guerre, en octobre, dont la date reste à confirmer.
Nous appelons également à promouvoir le logo de la conférence – de Paris et de Londres – afin de donner à nos actions une visibilité et un contenu internationaux, et de soutenir les réunions et initiatives s’appuyant sur cet appel.
Londres, 19 juin 2026
Ils et elles sont intervenus au meeting contre la guerre de Londres
Lindsey German, coordinatrice de la coalition Stop the war, Grande-Bretagne
Fran Heathcote, secrétaire générale du syndicat PCS (Public and commercial Service union, fonctionnaires d’Etat), Grande-Bretagne
Ian Hodson, secrétaire général du BAFWU (Bakers Food and Allied Workers Union, syndicat des boulangers et de l’alimentation), Grande-Bretagne
Jon Trickett, député du Labour Party, Grande-Bretagne Medea Benjamin, co-fondatrice de Codepink: Women for Peace, Etats-Unis
Igor Romanchuk (Ukraine) et Andreï Demidov (Russie), militants contre la guerre Richard Burgon, député du Labour Party, Grande-Bretagne
Mothin Ali, vice-président du Green Party, Grande-Bretagne
Lorena Delgado Varas, députée de « Future Left » et membre de la flottille Summud pour Gaza, Suède
Jo Grady, secrétaire générale du syndicat UCU (University and College Union, syndicat des personnels de l’enseignement supérieur), Grande-Bretagne
Peter Leary, Palestine Solidarity Campaign (campagne pour la solidarité avec la Palestine), Grande-Bretagne
Jeremy Corbyn, député, Grande-Bretagne
Irene Montero, députée européenne, Podemos, Espagne
Amara Enyia, co-directrice du Movement for Black Lives, Etats-Unis
Yasmine Adam, responsable de l’Association des musulmans de Grande-Bretagne
Diane Abbott, députée du Labour Party, première femme noire élue au Parlement britannique, Grande-Bretagne
Mustafa Barghouti, médecin, initiative nationale palestinienne
Felix Kreklow Rojas, étudiant, organisateur de la grève contre la conscription le 8 mai 2026, Allemagne
Zarah Sultana, députée, Grande-Bretagne
Sophie Bolt, secrétaire générale de la campagne pour le désarmement nucléaire, Grande-Bretagne
Andrew Feinstein, ancien député du Congrès national sud-africain
Micaela Tracey-Ramos, membre du comité national exécutif de Unison, Grande-Bretagne
Daniel Kebede, secrétaire général du syndicat national des enseignants NEU, Grande-Bretagne
Ulrike Eifler, syndicaliste IG Metall, Allemagne
John Rees, Stop the War coalition, Grande-Bretagne
Jérôme Legavre, député LFI et militant du POI, France
Tariq Ali, auteur et co-fondateur de la coalition Stop the War
Maryam Eslamdoust, secrétaire générale du syndicat national TSSA, Grande-Bretagne
Jordi Salvador Duch, député et ancien dirigeant de l’Union générale des travailleurs (UGT) de Tarragone, Espagne
Eddie Dempsey, secrétaire général du syndicat des travailleurs du rail, du transport et du maritime RMT, Grande-Bretagne
Giorgios Gogos, président du syndicat des dockers de l’Autorité portuaire du Pirée, Grèce
Maurizio Coppola, coordinateur national de Potere al popolo, Italie
Peter Mertens, dirigeant du Parti des Travailleurs belge (PTB), Belgique
Cati Llibre, vice secrétaire générale de l’UGT de Catalogne
Clément Poullet, secrétaire général du syndicat de l’enseignement et de la culture FNEC-FP-FO
Abdullah Farooq, comité politique national de DSA (Democratic Socialists of America), Etats-Unis
Retrouvez le meeting de Londres en intégralité sur contrelaguerre.fr