dimanche 26 juillet

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ArcelorMittal : grâce à LFI, l’Assemblée nationale approuve la nationalisation pour éviter l’effondrement de la sidérurgie

ArcelorMittal. L’Insoumission et le média espagnol Diario Red (Canal Red) s’associent pour proposer à leurs lecteurs des contenus sur les résistances et les luttes en cours en France, en Espagne et en Amérique du Sud. À retrouver sur tous les réseaux de l’Insoumission et de Diario Red. La députée Aurélie Trouvé et le groupe La […]

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ArcelorMittal. L’Insoumission et le média espagnol Diario Red (Canal Red) s’associent pour proposer à leurs lecteurs des contenus sur les résistances et les luttes en cours en France, en Espagne et en Amérique du Sud. À retrouver sur tous les réseaux de l’Insoumission et de Diario Red.

La députée Aurélie Trouvé et le groupe La France insoumise (LFI) ont fait adopter une proposition de loi pour nationaliser les actifs français d’ArcelorMittal, dans le but d’enrayer le déclin de la sidérurgie du pays. Dans les couloirs de l’Assemblée nationale française et dans les aciéries du nord du pays résonne un débat qui pourrait redéfinir l’avenir industriel de l’Europe. Aurélie Trouvé, députée de La France insoumise (LFI), a obtenu l’approbation de l’Assemblée nationale d’une proposition de loi visant à nationaliser les actifs de la multinationale ArcelorMittal en France, après une intense bataille politique contre le gouvernement et l’extrême droite.

Le sort de 15 000 emplois directs, 80 000 indirects, et de la capacité stratégique de produire de l’acier vert sur le sol européen tient à un fil. Si elle est confirmée après son examen par le Sénat, la nationalisation pourrait constituer une victoire importante pour le mouvement insoumis face à un gouvernement hostile, arc-bouté sur une privatisation qui a pillé la sidérurgie française et européenne pendant trente ans. Notre article.

Les origines du groupe ArcelorMittal : une privatisation destructrice pour la sidérurgie française et européenne

L’histoire d’ArcelorMittal est emblématique d’une désindustrialisation planifiée à l’ère de la mondialisation néolibérale. En 1982, l’État dirigé par le socialiste François Mitterrand nationalisa et regroupa son industrie sidérurgique en deux pôles publics : Usinor et Sacilor, sauvant ainsi le secteur de la crise et modernisant les installations.

Mais en 1995, le gouvernement de droite d’Alain Juppé entama le démantèlement de ces pôles. Sous l’idéologie libérale dominante, ces joyaux industriels furent privatisés et fusionnés dans Usinor-Sacilor, préparant le terrain à leur disparition en tant qu’entité nationale.

Le coup final arriva en 2006 lorsque le milliardaire indien Lakshmi Mittal lança une OPA hostile sur Arcelor — groupe luxembourgeois qui intégrait déjà Usinor. Malgré la farouche résistance des syndicats et des politiques locaux, l’État français n’opposa pas de combat significatif, permettant au joyau de la couronne sidérurgique française de tomber entre les mains d’intérêts privés étrangers.

Ainsi, en un peu plus d’une décennie, la France est passée d’une sidérurgie publique et innovante à une dépendance envers un géant mondialisé, ArcelorMittal, qui n’a pas hésité à délocaliser la production, fermer des usines et sacrifier des emplois au bénéfice de ses actionnaires.

Initiées par le groupe multinational, les fermetures des hauts-fourneaux de Gandrange (2009) et de Florange (2012) ont traumatisé l’opinion publique française et mis en lumière la complicité des exécutifs conservateurs de Nicolas Sarkozy (2007-2012) et « socialiste » de François Hollande (2012-2017) avec un agenda néolibéral lucratif pour les grandes fortunes, mais catastrophique pour l’emploi industriel en France. ArcelorMittal apparaît ainsi comme un cas d’école de privatisation ayant conduit à la perte de souveraineté industrielle stratégique et à la destruction du tissu industriel.

Une industrie en danger de mort

ArcelorMittal produit aujourd’hui encore 68 % de l’acier du pays, un matériau indispensable à plusieurs secteurs clés : de l’industrie automobile au nucléaire, en passant par la construction aéronautique et ferroviaire. Pourtant, sous la direction du groupe transnational, la production d’acier de l’Hexagone n’a cessé de décliner, mettant en péril toute la production industrielle nationale.

« Dans les aciéries de Fos-sur-Mer, un seul des deux hauts-fourneaux fonctionne ; à Dunkerque, les investissements, notamment pour la décarbonation, sont systématiquement reportés ; et les travailleurs endurent des conditions dangereuses avec des expositions à l’amiante et des fuites de gaz récurrentes », dénonce la députée Aurélie Trouvé dans une tribune pour le journal La Tribune.

Les chiffres confirment le déclin : plus de 1 000 emplois supprimés sur la dernière année, alors que les bénéfices dépassent déjà les 10 milliards d’euros sur trois ans pour les principaux actionnaires — la famille Mittal — qui ont mis en place une stratégie fiscale ayant permis au groupe de payer zéro euro d’impôt sur les sociétés en France au cours des derniers exercices.

L’année 2028 apparaît comme une date cruciale dans ce drame industriel. Les nouvelles réglementations européennes imposeront de lourdes pénalités sur l’acier produit avec du charbon, responsable de 22 % des émissions industrielles françaises. La transition vers des fours électriques est inévitable, mais elle nécessite des investissements massifs et immédiats.

« Quatre ans, c’est exactement le temps nécessaire pour construire de nouveaux fours électriques », explique Trouvé. « Si nous ne commençons pas maintenant, il sera trop tard. Le PDG d’ArcelorMittal France lui-même a admis que sans décarbonation, produire de l’acier en France cessera d’être rentable. »

Le paradoxe est évident : l’acier vert sera plus compétitif que l’acier traditionnel une fois que les mécanismes d’ajustement carbone aux frontières de l’UE entreront en vigueur, mais la multinationale résiste à investir les 850 millions d’euros proposés par le gouvernement français pour la transition, tandis que la famille Mittal continue d’empocher des bénéfices mirifiques.

Pour aller plus loin : Victoire – LFI fait voter la nationalisation d’ArcelorMittal à l’Assemblée nationale, malgré les manœuvres d’obstruction du RN

Le modèle de nationalisation : une solution pour sauver la sidérurgie européenne ?

La proposition de Trouvé s’inspire de cas récents : le Royaume-Uni a nationalisé le sidérurgiste British Steel en 2023, l’Italie est intervenue sur Ilva, et l’Allemagne maintient des participations publiques dans plusieurs aciéries. « Nous n’inventons rien de nouveau », affirme la députée. « Nous appliquons simplement le bon sens : quand un secteur est stratégique et que le marché échoue, l’État doit agir. »

Le plan prévoit un investissement public de 3 milliards d’euros pour acquérir les actifs français d’ArcelorMittal et lancer un programme urgent de modernisation. « C’est une somme ridicule comparée aux 80 000 emplois qui sont en jeu, en comptant les effets indirects », argumente Trouvé.

Cependant, le projet rencontre une opposition féroce des libéraux et de l’extrême droite, qui le qualifient d’« anachronisme soviétique » et mettent en garde contre les complexités juridiques d’une telle initiative — ArcelorMittal étant une multinationale dont le siège est au Luxembourg. Le parti de Marine Le Pen a tenté d’empêcher le vote en multipliant les amendements pour finalement s’abstenir, témoignant de son mépris pour une classe ouvrière qu’il prétend défendre.

Jusqu’au gouvernement a condamné l’initiative, par la voix de son ministre de l’Industrie, Sébastien Martin, qui a dénoncé une nationalisation qui « affaiblirait l’emploi au lieu de le protéger », et du ministre de l’Économie lui-même, Roland Lescure, qui a fustigé une proposition « populiste ». Depuis l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron en 2017, la part de l’industrie dans le PIB français est passée de 13,1 % à moins de 10 %, avec près de 50 000 emplois industriels détruits, dont 4 500 rien que dans le secteur sidérurgique.

Pourtant, les syndicats soutiennent massivement l’initiative. « Nous voyons depuis des années notre industrie être démantelée tandis que les bénéfices sont envoyés vers des paradis fiscaux », déclare Philippe Martinez, ancien secrétaire général de la Confédération Générale du Travail (CGT). « La nationalisation n’est pas seulement une option, c’est une nécessité de survie », a-t-il souligné. Le leader de la gauche française, Jean-Luc Mélenchon, a salué sur son compte X le combat mené main dans la main par La France Insoumise (LFI) et la CGT pour obtenir la « première nationalisation en France depuis l’année 1982 ».

Le contexte européen : une production d’acier diminuée par 30 ans de néolibéralisme

Depuis l’entrée en vigueur du traité de Maastricht en 1993, la production sidérurgique de l’Europe des Quinze s’est effondrée spectaculairement, passant d’environ 157 millions de tonnes d’acier brut en 1992 à moins de 110 millions de tonnes aujourd’hui, ce qui représente un déclin de près de 30 % en trois décennies. Cette érosion reflète une désindustrialisation structurelle, marquée par la fermeture de hauts-fourneaux emblématiques et une concurrence internationale croissante, dans un cadre européen qui privilégie les règles de concurrence au détriment de politiques industrielles stratégiques.

« L’Europe s’est construite sur l’acier », rappelle Trouvé. « Si nous le laissons disparaître, nous perdrons non seulement des emplois, mais aussi notre autonomie stratégique. À quoi bon parler de transition écologique si nous dépendons de la Chine ou de l’Inde pour notre acier ? »

Après son adoption réussie à l’Assemblée nationale, la proposition de loi entamera son parcours parlementaire dans un Sénat dominé par la droite au cours des prochaines semaines, dans un contexte marqué par les tensions géopolitiques et la crise énergétique. Pendant ce temps, dans les usines de Dunkerque, Fos-sur-Mer et Hayange, les travailleurs observent avec espoir un débat qui pourrait changer leur vie : « C’est une première victoire, mais nous n’avons pas gagné la guerre », réagit Reynald Quaegebeur, délégué CGT pour ArcelorMittal France. « Nous n’avons pas lutté en vain », se réconforte-t-il.

« C’est la dernière chance », tranche Trouvé. « Soit nous prenons le contrôle de notre destin industriel, soit nous devenons un musée de ce qui aurait pu être. »

Ce qui se joue en France n’est pas seulement l’avenir de quelques sites industriels, mais bien un modèle de souveraineté industrielle à l’ère de la mondialisation et de l’urgence climatique. L’issue finale de cette initiative pourrait tracer la voie pour toute l’Europe.

Par Rafael Alonso Cuesta

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