L’enfer de Gaza- Olga Cherevko, porte-parole de l’Organisation des Affaires Humanitaires de l’ONU

Depuis quinze jours, l’armée israélienne a commencé son occupation et la destruction systématique de la ville de Gaza. Le million de Palestiniens qui y vivent sont forcés à fuir, un grand nombre étant dans un état de famine ultime, en grand état de faiblesse, sans moyens financiers. Rappelons que dans la ville de Gaza, 26 % […]

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Depuis quinze jours, l’armée israélienne a commencé son occupation et la destruction systématique de la ville de Gaza. Le million de Palestiniens qui y vivent sont forcés à fuir, un grand nombre étant dans un état de famine ultime, en grand état de faiblesse, sans moyens financiers. Rappelons que dans la ville de Gaza, 26 % des enfants sont en état de malnutrition aiguë. Le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Volker Türk, a dénoncé le 8 septembre les « crimes de guerre sur crimes de guerre » commis par Israël et exprimé son horreur face à « l’utilisation ouverte d’une rhétorique génocidaire » par de hauts responsables israéliens.

L’Insoumission publie chaque semaine des synthèses des rapports détaillés des organisations de l’ONU et des ONGs documentant le génocide à Gaza.

Cette semaine, plutôt que de vous donner des chiffres, nous publions la traduction du témoignage puissant d’Olga Cherevko du 12 septembre 2025, porte-parole de l’Organisation des Affaires humanitaires de l’ONU à Gaza, devant les journalistes au siège de l’ONU à New York.

En un instant, ce mardi, la ville de Gaza a été condamnée à mort : partir ou être tué. Des centaines de milliers de civils meurtris, épuisés et terrifiés ont reçu l’ordre de fuir vers une zone déjà si surpeuplée que même les petits animaux doivent se faufiler pour se déplacer. Là où les hôpitaux hébergent les patients dans les couloirs et les balcons, l’eau potable, la nourriture nutritive et la vie ne sont plus des droits fondamentaux, mais des biens si rares que la plupart ne rêvent que d’y avoir accès un jour. S’ils survivent aux bombardements, bien sûr.

À l’ouest, la mer, encadrée par les navires de guerre israéliens, dont les vagues menaçantes engloutissent les tentes en lambeaux lorsque la marée monte. À l’est, au nord et au sud, les forces terrestres et les chars resserrent la pression sur l’espace qui disparaît, tandis que drones et avions de chasse survolent le ciel. Leur bruit assourdissant reste gravé à jamais dans les mémoires – un avertissement : aucun endroit n’est sûr.

Un ami cher m’a envoyé un texto hier : « J’ai essayé de trouver une place dans le sud, mais il n’y en a pas. » Son cousin de 8 ans a été tué sur le coup lors d’une frappe israélienne la semaine dernière avec plusieurs autres enfants alors qu’ils attendaient la fin de la cuisson du pain. Sa fille vient d’avoir deux ans et n’a connu que la guerre dans sa petite vie. Lorsqu’une bombe tombe non loin de là, elle se cache sous une table dans la cuisine communautaire de son père, où il continue de nourrir des milliers de personnes chaque jour, apportant nourriture et espoir à ceux qui ont tout perdu. Gaza n’a pas besoin de pitié. Gaza a besoin que cesse cette violence effroyable.

L’odeur inimitable de la mort est omniprésente – un rappel sinistre que les ruines qui bordent les rues cachent les restes de mères, de pères, d’enfants. D’êtres humains qui autrefois riaient, pleuraient, rêvaient. Leurs vies ont été brisées par les machines à tuer de la guerre, et beaucoup ne seront jamais retrouvées.

Hier, sur le chemin du retour vers Gaza, nous avons emprunté des routes à peine praticables, tandis que des gens se pressaient autour de notre convoi, visiblement désemparés, implorant que cesse cette horreur. Une petite fille, marchant aux côtés de son père, nous a salués de la main. Survivra-t-elle à cet enfer ? Les dirigeants mondiaux capables de mettre fin à cette guerre la considèrent-ils digne de la paix ? Sa vie est entre les mains de ceux qui choisissent d’agir.

La dignité et l’espoir ont été anéantis, à chaque meurtre d’un proche, à chaque frappe visant une ligne de vie civile, à chaque refus d’accès. Les systèmes essentiels à la vie ont été systématiquement démantelés et détruits. Les parents luttent pour protéger leurs enfants de la violence, de la faim et de la peur. Des familles en fuite envahissent les rues, serrant leurs enfants dans leurs bras, ignorant où ils iront, toutes les options semblant épuisées. Cette course contre la montre, contre la mort, contre la propagation de la famine, donne l’impression que nous, humanitaires, courons dans des sables mouvants. D’autant plus que les convois humanitaires sont trop souvent refusés, retardés ou bloqués par les autorités israéliennes.

Pourtant, même dans ces épreuves, l’humanité brille. Médecins, infirmiers et ambulanciers palestiniens travaillent 24 heures sur 24, souvent sans salaire, sans médicaments ni électricité. Travailleurs humanitaires des agences de l’ONU, du Croissant-Rouge, d’ONG locales et internationales, distribuant nourriture, médicaments et eau potable sous les tirs. Des gens ordinaires partagent le peu qu’ils ont avec des inconnus. Dans chaque geste de bienveillance, un refus de laisser la cruauté définir l’avenir. Preuve que même dans les moments les plus sombres, l’esprit humain perdure.

On me demande souvent s’il me reste un peu d’espoir. L’espoir est peut-être tout ce qui nous reste, alors il faut le nourrir. Car le silence de la fatigue ne doit pas étouffer la voix de ceux qui endurent ce cauchemar. Leurs histoires de perte, de résilience et, oui, d’espoir éternel, doivent être racontées. Et lorsqu’une jeune Palestinienne forme un cœur avec ses mains lors de notre rencontre, qu’une mère me laisse tenir son précieux bébé dans ses bras, ou qu’un grand-père me dit que notre travail ici compte, je sais que l’espoir est éternel.

Mais l’espoir seul ne suffira pas à maintenir les populations en vie. Des décisions urgentes sont nécessaires pour ouvrir la voie à une paix durable avant qu’il ne soit trop tard. Des voix pour faire taire les bombes. Des actions pour mettre fin aux effusions de sang. Un cessez-le-feu immédiat et durable. La libération immédiate et inconditionnelle de tous les otages qui ont enduré d’horribles souffrances, ainsi que de toutes les personnes détenues arbitrairement. La protection de tous les civils, où qu’ils se trouvent à Gaza. Un accès humanitaire sans entrave, y compris vers le nord, avec une aide acheminée par tous les points de passage et via tous les couloirs. La responsabilisation : les lois de la guerre ne sont pas facultatives, et leurs violations doivent faire l’objet d’enquêtes et de sanctions, au nom de la justice et pour éviter de créer un précédent dangereux.

Les habitants de Gaza ne demandent pas la charité. Ils réclament leur droit à vivre en sécurité, dans la dignité et en paix. Et notre humanité – la vôtre, la mienne, la nôtre à tous – exige que nous agissions maintenant.

L’histoire nous jugera non pas sur nos discours, mais sur nos actes. Quand Gaza brûlait, que les enfants mouraient de faim, que les hôpitaux s’effondraient, avez-vous agi ?

Aujourd’hui, comme chaque jour, la communauté internationale a une nouvelle occasion de joindre le geste à la parole. Ne la laissez pas passer, car ce pourrait être la dernière.

Merci.

Olga Cherevko, 12 septembre 2025

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