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À l’hôpital de Laval, la mobilisation contre le plan d’économie (appelé Pasi) a débuté le 13 juin par une grève spontanée et massive en psychiatrie. La mobilisation s’est ensuite étendue à tout l’hôpital. La population est venue en renfort. Le directeur de l’agence régionale de santé (ARS), Jérôme Jumel, et le ministre de la Santé, Yannick Neuder, ont été contraints de faire machine arrière. Reportage par notre correspondant sur place.
« Et les médecins, les psychiatres, on les embauche comment ? », « On veut des urgences ouvertes tous les jours ! » – Mobilisation victorieuse à l’hôpital de Laval
Le 27 juin, les hospitaliers ont commencé à occuper l’hôpital et le parking devant l’entrée, avec des tentes, des barnums et les tracteurs des agriculteurs. À 300, ils ont envahi, avec les syndicats FO et CGT, le conseil de surveillance pour interdire de valider le plan d’économie. Succès total. Le directeur, l’ARS, le ministère commençaient à reculer.
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Le personnel tenait bon sur son exigence : « Le directeur de l’ARS doit venir à Laval annoncer qu’il répond à nos revendications ». Le ministre a tenté de faire baisser la pression, le 25 juin, en rencontrant le maire de la ville dans les salons feutrés du ministère, mais la mobilisation s’est poursuivie. Lundi 30 juin, pour la soirée festive de lutte, les personnels et la population étaient 500 sur le parking à se rassembler pour obtenir satisfaction.
Mercredi 2 juillet, 300 hospitaliers, avec les drapeaux syndicaux, attendaient le directeur de l’ARS sur le parking. À la fin de la négociation avec les représentants syndicaux CGT et FO, ceux-ci ont demandé à Jérôme Jumel de venir faire ses annonces devant le personnel. Pour l’accueillir, les agents se sont mis à scander : « On veut des bras, des lits, pour l’hôpital public ! ». Jérôme Jumel, impressionné par la détermination, est apparu presque humble quand il a pris le micro.
– Jumel : « Le plan de performance… »
– Les hospitaliers l’interrompent : « On n’entend rien ! »
– Jumel : « Le PASI, en l’état n’est plus d’actualité. Les 59 postes à supprimer ne sont pas un objectif ».
Applaudissements modérés et polis.
– Jumel : « Nous allons avoir des échanges, et rebâtir un plan pour regagner de l’activité, qui n’aura pas le nom de PASI ».
– Des hospitaliers indignés : « Ils sont bons, quand même ! »
– Jumel : « Il nous faut des urgences qui ouvrent plus souvent. Le ministre va venir vendredi pour confirmer tout cela. Je souhaite qu’il ait le meilleur accueil ».
– Les hospitaliers : « Comptez sur nous ! »
– Les hospitaliers, ne lâchant pas l’affaire : « Et les mises en stage ? Les mises en stages ! »
– Jumel : « Il y aura 102 mises en stage en 2025. ».
Applaudissements très nourris.
– Les hospitaliers : « Et les médecins, les psychiatres, on les embauche comment ? » ; « On veut des urgences ouvertes tous les jours ! »
Les 300 hospitaliers reprennent en chœur : « On veut des bras, des lits, pour l’hôpital public ! ». Le 2 juillet au soir, l’intersyndicale FO-CGT de l’hôpital de Laval déclare : « La mobilisation paie ! Dans de tels moments, il n’y a pas d’autres alternatives. Nous sommes particulièrement touchés et remerciant de l’implication des usagers, des collègues des autres hôpitaux et structures (parfois d’autres départements, d’autres régions), des artistes, des pompiers, des ambulanciers, des agriculteurs… Le combat n’est pas fini, nous l’avons simplement commencé à Laval pour qu’il se diffuse partout »
Vendredi 4 juillet, 350 hospitaliers attendaient le ministre de pied ferme devant l’hôpital. Une rencontre à huis clos avec les représentants syndicaux avait été envisagée, mais les hospitaliers avec leurs représentants syndicaux FO et CGT ont décliné et demandé que la rencontre et les annonces se fassent devant tout le monde, sur le parking.
Finalement, le ministre confirmera toutes les annonces de l’ARS, et ajoutera débloquer 8 millions pour l’hôpital de la ville de Mayenne, et 6 millions celui de Château-Gontier. Chacun comprend que ces mesures sont arrachées contre la circulaire Bayrou du 23 avril demandant de serrer la vis aux hôpitaux, contre les 40 milliards d’économie que Macron-Bayrou annoncent pour le budget 2026.
Qu’est-ce qui a permis ce résultat ? Le ministre Neuder, le 4 juillet, devant 350 hospitaliers, a dit ce qui lui faisait peur et l’amenait à reculer : « Quand on est soignants, ce n’est pas pour manifester sur un parking, c’est pour soigner les gens. ». Le ministre aurait certainement préféré une journée d’action sans suite et sans frais, plutôt que cette occupation déterminée de l’hôpital, jusqu’à satisfaction.
Le ministre, comme le gouvernement, préfère sans doute les conclaves feutrés, à Matignon, à l’Élysée, dans les ministères, loin du personnel hospitaliers qui ne veut pas lâcher ses revendications.
Les cinq unions départementales FO des Pays de la Loire, avec les groupements départementaux santé, organisent le 16 septembre prochain une manifestation devant l’ARS pour gagner le retrait de tous les plans de « performance ».
Les syndicats FO et CGT de l’hôpital de Laval soutiennent cet appel en affirmant : « Ce que nous avons fait à Laval, faisons-le dans chaque hôpital, dans chaque structure ! »