Intervention de Jean-Luc Mélenchon en commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale le 13 octobre 2021 sur la question du plan de relance européen.
Retrouvez son intervention en intégralité :
« Merci monsieur le président.
Bon, c’est un exercice un peu convenu que celui-ci et vous ne serez pas surpris d’entendre que je ne compte pas voter, si je suis encore en séance, cette ligne budgétaire. Elle est l’occasion de récitations bien connues qui nous font passer, me semble-t-il, à côté d’événements tout à fait considérables.
L’événement n’est pas qu’on ait voté des décisions absurdes concernant le plan de relance qui n’en est pas un, mais que se multiplient depuis des mois des phénomènes de désagrégation qui devraient nous faire réfléchir. Désagrégation idéologique quand les États égoïstes ont refusé absolument le financement par des fonds propres de l’Union européenne, alors qu’ici, quelles que soient nos banques, nous sommes pratiquement tous d’accord pour dire que c’est là-dessus que devrait reposer l’Union européenne et qu’au demeurant, c’était le cas autrefois, avant qu’on abolisse tous les droits de douane qui ont inversé les financements, si bien qu’hier, c’étaient les droits de douane d’abord, la contribution des États ensuite. Maintenant, c’est la contribution des États, point final. Et on est en effet dans une situation à mes yeux d’impasse. Les États égoïstes ne vont pas lâcher prise et leurs déclarations à de nombreuses reprises avec des connotations antifrançaises qui ne m’ont pas échappé, sont là pour nous le rappeler.
Ensuite, il y a un blocage dorénavant principiel, beaucoup plus fondamental parce qu’au-delà de toutes les discussions que nous pouvons avoir sur l’Union européenne, s’il y a un point sur lequel, là encore, nous nous accordons, c’est que cette Union ne prend de sens que par rapport aux principes qu’elle défend. Dès lors que la Pologne ou la Hongrie les mettent en cause ou que des cours constitutionnelles affirment avec l’assentiment d’un certain nombre de gens qui, ma foi, me semblent s’engager bien imprudemment dans une voie bien imprudente. Si “Pacta” ne sont plus “Servanda”, il n’y a plus de traités internationaux possibles ni pour la France, ni pour personne. Donc nous sommes vraiment dans une situation extrêmement difficile. Pour venir sur… Des blocages et puis les lâchages, et je veux que ce soit dit et entendu dans cette commission. L’attitude du gouvernement allemand concernant les contrats sur le spatial est inacceptable, inadmissible et la base de Kunas qu’ils ont établi en Suède pour faire les tirs de leur petit lanceur est un lâchage et même, on peut le dire, un coup de poignard dans le dos. Donc après, pour dire ce que j’ai déjà dit dans les précédents budgets, je le répète, je ne suis pas d’accord avec la hausse de 30% de ce budget qui a eu lieu à la suite du Brexit qui fait que nous, Français, payons plus que les autres parce que nous réglons la tablée entière de râblé de toute sorte que nous acceptons de prendre en charge et je suis contre nous. Nous continuons à payer 7 milliards de plus que ce que nous donnons. Je suis contre. Les rabais ont été augmentés pour les Pays-Bas, le Danemark, la Suède, l’Autriche. Je suis contre parce que c’est nous qui payons. Et tout cet argent est fort mal géré puisque le budget européen, d’année en année, prend des retards sur les engagements pris, mais non soldés aux États.
Nous sommes passés de 189 milliards en 2014 à aujourd’hui 300 milliards. Tout cela n’est pas bien géré. Et si un seul État-nation le faisait dans le cadre de l’Union, il se ferait tirer les oreilles. L’Union le fait sans que ça dérange personne.
J’achève en vous rappelant que je ne crois pas à ce plan de relance et je veux vous rappeler que les 40 milliards qui seront mis à la disposition de la France, paraît-il, ne seront pas payés par des fonds propres, mais seront payés par les États-nations, ce qui signifie à prorata de leur contribution au budget, pour les Français pour 40 milliards : 66 milliards. Je vote contre. »