Intervention de Jean-Luc Mélenchon le 5 janvier 2022 en commission des Affaires étrangères sur le projet de contrat d’objectifs et de moyens 2021-2023 de l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger (AEFE). Voici la retranscription de cette intervention.
« Merci monsieur le prĂ©sident. Je vais me prononcer contre ce rapport, non sans avoir auparavant saluĂ© la qualitĂ© des intentions du rapporteur et en reconnaissant qu’il y a Ă prendre dans les recommandations qu’il fait, il y a Ă prendre. Mais je veux manifester mon opposition Ă la stratĂ©gie qui est celle du gouvernement, qui Ă©tait dĂ©jĂ d’ailleurs celle du prĂ©cĂ©dent gouvernement, qui n’Ă©tait guère plus mĂ©ritant Ă cet Ă©gard. D’une manière gĂ©nĂ©rale, les moyens que nous dĂ©dions Ă notre prĂ©sence Ă l’Ă©tranger sont en baisse et le MAE (ministère des Affaire Ă©trangères) est le ministère qui a le plus Ă©tĂ© frappĂ©. LĂ , nous ne sommes pas directement dans l’aire de compĂ©tence du MAE, mais ça participe du mĂŞme Ă©tat d’esprit.
Tous les indicateurs symboliques qui sont affichĂ©s sont des indicateurs de retrait. J’en veux pour preuve la dernière rumeur qui circule sur la fermeture de la Maison de la France Ă Rio de Janeiro, qui est une institution qui regroupait d’une manière assez miraculeuse, dans un mĂŞme bâtiment, les services d’enseignement, les services consulaires, un théâtre, etc. Et on entend dire qu’on fermerait ça. Partout, c’est la consternation devant ce recul de la France. J’ajoute que pour ma part, j’aurais quelques règles. Premièrement, l’enseignement des jeunes gens en français Ă l’Ă©tranger doit ĂŞtre gratuit comme il l’est en France, point numĂ©ro un.
Et c’est de ce cĂ´tĂ© que doit se diriger toute notre Ă©nergie et spĂ©cialement pour les binationaux, parce que ce sont ceux qui sont souvent le plus mis dans une situation de contradiction. Deuxièmement, le dĂ©veloppement de l’enseignement du français est une contribution non pas seulement au prestige de la France, mais Ă la vivacitĂ© de la francophonie qui doit ĂŞtre un axe, Ă mes yeux, un axe stratĂ©gique, non seulement de la puissance française entendue au sens intellectuel, mais du collectif humain que va reprĂ©senter Ă la fin du siècle, 700 millions de personnes qui devraient parler le français.
Entre nous chers collègues, il n’y a pas 700 millions. Il n’y a pas aujourd’hui 300 millions de personnes qui parlent rĂ©ellement le français parce que partout nos moyens ont reculĂ©. Et la pratique de la langue française, qui s’Ă©tait pratiquement imposĂ©e dans certains pays comme langue de contact et mĂŞme langue de partage, lĂ oĂą il y avait plusieurs langues nationales, est en recul et je le dĂ©plore.
VoilĂ pourquoi je vais voter contre ce rapport, collègue Petit, tout en saluant votre dĂ©vouement Ă cette cause, mais parce que je n’y retrouve pas ce que je crois essentiel. Je veux aussi au passage saluer le dĂ©vouement absolument extraordinaire de toutes les personnes qui se dĂ©vouent Ă la propagation de la langue française et de la culture de la francophonie. Et je redis devant vous, profitant de la circonstance, de mon indignation devant le fait que Monsieur Mario Vargas Llosa, qui n’a jamais Ă©crit une ligne en français et qui se contente de le parler dans les bistrots parisiens, ait Ă©tĂ© Ă©lu Ă l’AcadĂ©mie française tandis que tant de magnifiques auteurs francophones de toute l’Afrique et des AmĂ©riques, y auraient eu 1000 fois plus leur place que lui. »