🏛️🇮🇷 VIVE LA LUTTE DES FEMMES, DE LA JEUNESSE ET DU PEUPLE IRANIEN ! (28/11/22)

Intervention de Danièle Obono sur la proposition de rĂ©solution en soutien au mouvement pour la libertĂ© en Iran, mardi 28 novembre 2022 Elle avait 22 ans. Originaire de Saqqez, elle Ă©tait en vacances Ă  TĂ©hĂ©ran avec son frère et des membres de sa famille. Elle s’apprĂŞtait Ă  suivre des Ă©tudes universitaires. Le 13 septembre 2022, […]

par

partager

Intervention de Danièle Obono sur la proposition de résolution en soutien au mouvement pour la liberté en Iran, mardi 28 novembre 2022

Elle avait 22 ans. Originaire de Saqqez, elle était en vacances à Téhéran avec son frère et des membres de sa famille. Elle s’apprêtait à suivre des études universitaires.
Le 13 septembre 2022, Jina Mahsa Amini est arrêtée par la police des mœurs car le voile qu’elle a l’obligation de porter n’est pas correctement attaché. Emmenée à l’hôpital, elle tombe dans le coma. Trois jours plus tard, elle décède sans s’être réveillée. Selon son cousin, présent lors de l’arrestation, elle serait morte d’un coup à la tête.
Sa vie lui a été arrachée par la violence sexiste d’un pouvoir théocratique totalitaire. Son visage et son nom vont devenir l’étendard d’une jeunesse et de tout un peuple, révoltés non seulement par les abus du régime mais par ses fondements mêmes. Le mot d’ordre du mouvement, emprunté aux luttes du peuple kurde, est : “Femme, vie, liberté”. Plus qu’un symbole.
Car la mort de Jina Mahsa est précisément intervenue alors que le régime iranien menait de nouvelles attaques contre les droits des femmes. La dimension principale de la révolte est le refus de l’obligation du voile qui est la matérialisation de ce que les féministes iraniennes appellent « l’apartheid de genre » : un ensemble de discriminations économiques, culturelles et juridiques, inscrites dans les lois sur le travail ou l’héritage.
A l’annonce du décès de la jeune femme, des manifestations d’une ampleur inédite se sont propagées à travers tout le pays. Plus de 100 villes, 60 universités et 30 provinces se sont levées. Pour autant, ce type de mouvement n’est pas totalement nouveau. Depuis 2009, anniversaire des 30 ans de la République islamique, le pays a connu au moins cinq grandes vagues de manifestations reflétant l’indignation de la population contre son gouvernement, pour diverses raisons : la fraude électorale, la mauvaise gestion de l’économie, la précarisation du travail et les privatisations… L’année 2021 a ainsi été l’une des plus mouvementées des quatre dernières décennies quant aux contestations ouvrières et salariales. Le mouvement de 2022 n’est donc pas apparu dans un ciel serein pour le pouvoir de Téhéran.
Mais par rapport aux précédentes mobilisations, c’est l’une des premières fois où l’on observe un telle convergence des classes sociales, des groupes ethniques, des religieux et des laïcs, qui s’unissent dans la rue contre le régime. Dans les manifestations se mêlent des personnes de tous âges et sexes. Ainsi cette grand-mère de la ville de Rasht qui retire son voile et dit se rappeler avoir protesté contre la destitution du Premier ministre Mossadegh en 1953. Ou cet homme âgé, debout avec sa fille, qui raconte avoir été arrêté en 1978 par la SAVAK, la police secrète du Shah pendant la révolution.
Pour Shirin Ebadi, l’ancienne magistrate, Prix Nobel de la paix que j’avais eu l’honneur de recevoir dans cette Assemblée en 2018, “ce qui se passe aujourd’hui en Iran, est une révolution dans le sens plein du terme.”
Et la réponse du régime est à la hauteur du danger que le mouvement représente. Le gouvernement a ainsi bloqué l’accès à Internet et aux plateformes de réseaux sociaux. Certains réseaux de téléphonie mobile et fixe ont également été fermés ou circonscrits. 15 000 personnes auraient été arrêtées, plus de 2 000 inculpées et 300 manifestant·es auraient été tué·es.
Le soulèvement populaire en Iran est une source d’inspiration pour les peuples du monde entier et en particulier tous ceux de la région qui subissent différentes formes d’oppression, de domination, de violations de leurs droits et libertés fondamentales. Notre soutien lui est, leur est, plein et entier.
Pour danser dans la rue / Pour la peur d’un baiser / Pour démoisir les cerveaux/ Pour les rêves des enfants des rues
Pour les sanglots sans répit / Pour ce paradis forcé/ Pour notre élite emprisonnée/ Pour le soleil après la nuit
Nous voterons cette résolution, en gardant en tête les mots de Parandeh, autrice et artiste irano-azérie de 21 ans.
“Mon espoir pour l’Iran est simple. Je veux que nous ayons enfin notre mot à dire dans notre propre gouvernement. Nous avons été une monarchie dès le premier jour et avons fait face aux invasions de multiples empires. L’Occident a trouvé du pétrole sur nos terres, a financé une nouvelle monarchie et a renversé notre Premier ministre élu, à l’occasion d’un coup d’État britannique et américain. Nous avons lancé une révolution qui a été détournée […] et nous sommes maintenant coincés depuis cinquante ans. Il est temps que nous ayons notre mot à dire sur nos moyens d’existence, sans ingérence de puissances étrangères. […] Nous méritons d’être prospères et indépendants.”
Vive la lutte des femmes et de la jeunesse iraniennes ! Le peuple uni ne sera jamais vaincu !

sur le mĂŞme sujet

Rechercher