Intervention de DaniĂšle Obono, mardi 28 fĂ©vrier 2023, lors de lâexamen en commission de la proposition de loi d’extension de la peine dâinĂ©ligibilitĂ©
La proposition de loi macroniste est une grossiĂšre et dangereuse instrumentalisation de la justice et de la lutte contre les violences faites aux femmes Ă des fins bassement politiciennes. Honteux ! đđŸ
âLa proposition de loi que nous examinons aujourdâhui vise Ă Ă©tendre la peine complĂ©mentaire obligatoire dâinĂ©ligibilitĂ© aux violences ayant entraĂźnĂ© une incapacitĂ© temporaire de travail (ITT) infĂ©rieure ou Ă©gale Ă 8 jours ou nâayant pas entraĂźnĂ© dâITT, violences commises notamment (la liste est trĂšs longue) sur un·e conjoint·e.
Ses auteur·es prĂ©tendent vouloir ârenforcer les exigences de probiteÌ inhĂ©rentes aux fonctions dâĂ©lus et auxquelles ils restent pleinement attachĂ©sâ. De maniĂšre plus explicite, S. HouliĂ©, 2Ăšme signataire du texte, a expliquĂ©, lors de lâannonce de son dĂ©pĂŽt en janvier dernier : âOn a tirĂ© les consĂ©quences dâun vide juridique quâon avait constatĂ© lors de la condamnation dâAdrien Quatennens par la justiceâ.
Cette proposition rĂ©pond donc, en fait, Ă la dynamique âun fait dâactualitĂ©, une loiâ. Mais pas nâimporte quel fait dâactualitĂ© : une affaire judiciaire concernant un opposant politique, et au-delĂ de lâindividu, câest la principale force dâopposition et dâalternative Ă la Macronie qui est visĂ©e. Il sâagit purement et simplement dâune grossiĂšre et dangereuse instrumentalisation de la justice et de la lutte contre les violences faites aux femmes Ă des fins bassement politiciennes.
Peut-on en effet prĂ©tendre de maniĂšre crĂ©dible ĂȘtre âattachĂ©sâ aux âexigences de probiteÌâ âdâexemplaritĂ©â, de âdignitĂ©â des Ă©lus, quand on fait partie dâun groupe politique et quâon soutient un exĂ©cutif qui ont Ă leur actif, en 5 ans :
– 11 condamnations, dont 2 pour violences conjugales ;
– 8 mises en examen, dont le secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de lâĂlysĂ©e et lâactuel Garde des Sceaux (accusĂ©s de prise illĂ©gale dâintĂ©rĂȘts) ;
– et 12 enquĂȘtes en cours, dont lâactuel ministre du Travail soupçonnĂ© de corruption et prise illĂ©gale dâintĂ©rĂȘt, et un des co-signataires de ce texte accusĂ© de viol et de tentative de viol ?
Vous ne pouvez arguer dâaucun magistĂšre moral et vos justifications sont hypocrites.
Vous ne faites surtout pas grand cas de la justice. Car, on ne peut raisonnablement penser ârenforcerâ quelques exigences que ce soit quand on restreint les marges dâapprĂ©ciation de lâautoritĂ© judiciaire. Lâextension que vous proposez de la peine dâinĂ©ligibilitĂ© vient imposer une nouvelle obligation pour les juges qui devront appliquer cette peine ou motiver sa non application. Lâobligation de motivation va alourdir leur charge de travail et le temps consacrĂ© Ă lâexplication de la dĂ©cision. Les compositions de jugement, dĂ©jĂ complĂštement surchargĂ©es, vont devoir rĂ©diger des motivations spĂ©ciales dans la quasi-totalitĂ© des cas oĂč la peine dâinĂ©ligibilitĂ© nâa aucun sens. Votre mesure vise en rĂ©alitĂ© un nombre de cas trĂšs minoritaires dans la masse de violences concernĂ©es que les tribunaux ont Ă traiter. En dĂ©finitive, la peine sera Ă©cartĂ©e, dans la majoritĂ© des cas, pour les auteur·es qui ne sont pas des Ă©lu·es (ou militant politiques, associatifs, syndicaux) car sans utilitĂ© par rapport Ă leur profil. Cela revient Ă crĂ©er une loi pour une minoritĂ© de cas dâespĂšces. Câest, qui plus est, une atteinte disproportionnĂ©e Ă un droit civique fondamental.
Lâinflation pĂ©nale, et notamment lâaggravation des peines, pĂšse sur le fonctionnement de la justice, sans quâelle nâait dâeffets en matiĂšre de dissuasion ou de prĂ©vention de la rĂ©cidive.
Si un changement de culture est effectivement nĂ©cessaire dans la sociĂ©tĂ© et dans lâinstitution judiciaire pour mieux apprĂ©hender les violences faites aux femmes, cela doit passer en prioritĂ© par un ralentissement de la cadence pĂ©nale pour mieux enquĂȘter et analyser les situations particuliĂšres des personnes en cause.
Il faut Ă©galement permettre aux victimes de faire valoir leurs droits dans les meilleures conditions. Lâurgence est Ă la mise en place dâun plan clair de prĂ©vention, formation, aide aux associations et investissements financiers massifs dans les services publics comme celui de la justice. Par exemple :
– en assurant une formation spĂ©cifique et obligatoire en matiĂšre de violences sexistes et sexuelles pour tous·tes les professionnel·les ;
– en crĂ©ant un pĂŽle judiciaire spĂ©cialisĂ© dans les violences intrafamiliales dans chaque cour dâappel ;
– en favorisant la dĂ©sistance des hommes violents, avec systĂ©matiquement des stages de responsabilisation ;
– en renforçant les effectifs du service pĂ©nitentiaire dâinsertion et de probation.
Dans votre texte, il nâest nulle part question de tout cela. Vous avez refusĂ© tous nos amendements. Nous refusons lâescalade rĂ©pressive qui est la seule rĂ©ponse que vous apportez Ă tout propos, sans jamais vous attaquer aux causes structurelles des problĂšmes, ni mettre les moyens financiers pour y remĂ©dier.â