Carburants. Dans un rapport rendu public ce mardi 3 novembre, la députée insoumise Aurélie Trouvé démontre que les multinationales du pétrole, Total en tête, sont les véritables responsables de la flambée des prix à la pompe. Dans le cadre de sa mission flash sur les causes et les conséquences pour l’économie française de la hausse des prix des produits pétroliers, elle présente plusieurs propositions pour faire baisser les prix à la pompe à 1,70 euro de façon immédiate. Parmi les pistes avancées : encadrer les marges des groupes pétroliers, plafonner les prix et mobiliser les stocks stratégiques. Notre article.
Derrière la hausse des prix, des marges de raffinage exceptionnelles
Depuis le début de la crise, les automobilistes subissent une nouvelle envolée des prix à la pompe. La guerre et les tensions sur les marchés internationaux sont régulièrement avancées pour justifier cette hausse. Pourtant, pour Aurélie Trouvé, cette explication ne suffit pas. Dans son avant-propos, la députée rappelle que la hausse actuelle ne provient pas seulement du pétrole brut, mais également de marges de raffinage devenues exceptionnelles, particulièrement pour le gazole.
Les chiffres avancés dans son travail parlementaire sont éloquents. Sur les neuf premiers mois de 2026, les résultats mondiaux de l’activité Raffinage-Chimie de TotalEnergies ont été multipliés par cinq. Selon les calculs présentés par la députée, le raffinage français du groupe dégagerait aujourd’hui environ 200 millions d’euros de résultat par mois.
Ces niveaux de rentabilité posent une question fondamentale : dans une période où les ménages voient leur budget amputé par la hausse des carburants, jusqu’où les groupes pétroliers peuvent-ils profiter de la crise ?
Aurélie Trouvé estime qu’un simple retour à la rentabilité historique moyenne du raffinage permettrait déjà de réduire le prix du gazole comme de l’essence de près de 20 centimes par litre. Elle défend également la possibilité d’aller plus loin pendant la durée de la crise : faire fonctionner temporairement le raffinage français de TotalEnergies autour de son point mort, c’est-à-dire sans dégager de bénéfice sur cette activité.
D’après ses estimations, cette mesure permettrait d’obtenir environ 27 centimes de baisse supplémentaire par litre, tandis que les autres activités du groupe resteraient largement bénéficiaires. L’objectif est clair : éviter que les tensions internationales ne se traduisent par une accumulation de profits exceptionnels pour les entreprises, financés par les difficultés des consommateurs.
Pour aller plus loin : TotalÉnergies : profits records et faux plafonnement du prix à la pompe
Encadrer les marges pour faire baisser les prix à la pompe
Pour Aurélie Trouvé, la puissance publique ne peut pas rester spectatrice face à cette situation. La députée rappelle que l’État joue déjà un rôle central dans la sécurité de l’approvisionnement énergétique du pays : il constitue des stocks stratégiques et soutient l’industrie du raffinage. Il est donc légitime qu’il intervienne lorsque les prix s’envolent et que certaines activités dégagent des profits exceptionnels.
Sa première recommandation consiste à instaurer, pendant toute la durée de la crise, un mécanisme d’encadrement des marges de raffinage et des prix de vente en gros des carburants. Celui-ci intégrerait également les activités de négoce, tout en garantissant la couverture des coûts justifiés et une rémunération normale des opérateurs. Ce dispositif serait accompagné d’un plafonnement des prix à la pompe.
L’enjeu est de ne pas limiter l’intervention publique à un simple appel à la modération adressé aux distributeurs. Il s’agit de donner à l’État les moyens d’agir directement sur la formation des prix, afin que les baisses obtenues en amont bénéficient effectivement aux automobilistes.
La députée insiste également sur la nécessité de contrôler les marges et d’empêcher que les baisses de prix soient captées par les différents intermédiaires. Une baisse des coûts de raffinage ou une intervention sur les stocks ne saurait profiter aux seuls acteurs de la chaîne pétrolière.
Mobiliser les stocks stratégiques et retrouver des prix proches de 1,70 euro
Le deuxième levier avancé par Aurélie Trouvé concerne le déstockage stratégique. La France dispose de réserves constituées précisément pour faire face aux crises d’approvisionnement. Leur mobilisation peut contribuer à augmenter les volumes disponibles sur le marché et à atténuer les tensions sur les prix.
Mais la députée pose une condition essentielle : l’État ne peut pas simplement injecter du gazole sur le marché en espérant que les prix baissent spontanément. Il doit garantir que cette baisse soit intégralement répercutée à la pompe, contrôler les marges et empêcher qu’elle soit absorbée par les intermédiaires.
En combinant l’encadrement des marges de raffinage et le déstockage stratégique, Aurélie Trouvé estime qu’il serait possible de revenir rapidement vers les prix observés avant la guerre, autour de 1,70 euro le litre.
Cette estimation donne une dimension concrète aux propositions défendues dans le cadre de la mission flash : il ne s’agit pas seulement de dénoncer la hausse des prix, mais d’identifier les leviers permettant de soulager rapidement les consommateurs.
Exiger la transparence des groupes pétroliers
Enfin, Aurélie Trouvé entend s’attaquer à un autre problème : l’opacité des comptes des grands groupes pétroliers. Sa deuxième recommandation vise à imposer une publication comptable distincte de leurs activités de raffinage et de négoce.
Les entreprises devraient également transmettre à l’administration leurs marges nettes, par installation et, lorsque cela est possible, par marché de destination, ainsi que leurs prix de transfert et leurs transactions intragroupe. Cette obligation concernerait également les opérations impliquant des sociétés établies à l’étranger.
L’objectif est de permettre aux pouvoirs publics de comprendre précisément où se forment les marges et quels bénéfices sont réellement réalisés à chaque étape de la chaîne pétrolière.
La troisième recommandation propose la création d’un observatoire national des prix et des marges des carburants. Celui-ci publierait chaque semaine des indicateurs de marges brutes et produirait régulièrement des analyses des marges nettes, par type d’activité et par opérateur, à partir de données obligatoirement transmises par les entreprises.
Face à la crise, la puissance publique doit protéger les consommateurs
À travers ces propositions, Aurélie Trouvé défend une intervention directe de l’État dans la formation des prix des carburants en période de crise. Encadrer les marges, plafonner les prix, mobiliser les stocks stratégiques et imposer la transparence aux groupes pétroliers : autant de mesures qui visent à empêcher que les tensions internationales ne deviennent une nouvelle charge insupportable pour les ménages.
Pour aller plus loin : Blocage des prix – La proposition de Mélenchon plébiscitée et applicable
Carburant, alimentation, logement : les crises successives rappellent combien le pouvoir d’achat reste exposé aux fluctuations des marchés et aux stratégies des grands groupes. Pour la députée, le rôle de la puissance publique est précisément d’empêcher que la guerre et les pénuries ne se transforment en rentes exceptionnelles financées par la paupérisation de la population.
Précis et documenté, le rapport d’Aurélie Trouvé confirme le haut de niveau de préparation des insoumis sur les sujets économiques, à six mois de la victoire de Jean-Luc Mélenchon en 2027.
Elias Peschier