mercredi 7 octobre

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Arrêts maladie : Lecornu veut faire payer les malades

Pour son budget 2027, Sébastien Lecornu veut réaliser près de 2 milliards d’euros d’économies sur les arrêts maladie. Cette mesure s’inscrit dans un plan de 54 milliards d’euros d’économies. Pour justifier cet effort, le gouvernement met en avant la hausse des arrêts et les comportements abusifs. Pourtant, les propres chiffres de l’Assurance maladie racontent une […]

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Pour son budget 2027, Sébastien Lecornu veut réaliser près de 2 milliards d’euros d’économies sur les arrêts maladie. Cette mesure s’inscrit dans un plan de 54 milliards d’euros d’économies. Pour justifier cet effort, le gouvernement met en avant la hausse des arrêts et les comportements abusifs. Pourtant, les propres chiffres de l’Assurance maladie racontent une réalité plus complexe. Pendant ce temps, d’autres choix budgétaires sont possibles : taxer davantage les grandes fortunes, revoir certains mécanismes de la dette et investir dans les secteurs stratégiques. C’est la voie défendue par Jean-Luc Mélenchon et LFI. Notre article.

Arrêts maladie : quand le gouvernement cherche des économies sur les malades

Pour boucler son budget 2027, Sébastien Lecornu a trouvé une nouvelle source d’économies : les arrêts maladie. Le gouvernement veut récupérer près de 2 milliards d’euros sur les indemnités journalières, dans le cadre des 54 milliards d’euros d’économies annoncés pour l’année prochaine.

Pour justifier cette mesure, l’exécutif pointe la forte progression des dépenses liées aux arrêts de travail et entend lutter contre les comportements qu’il considère comme abusifs. Le gouvernement met notamment en avant l’augmentation du nombre d’arrêts et leur durée.

Lorsqu’on regarde la fraude, le récit gouvernemental mérite également d’être nuancé. Les chiffres de l’Assurance maladie montrent que la fraude ne se concentre pas principalement sur les assurés. Les fraudes commises par les professionnels de santé représentent près des trois quarts des montants frauduleux.

La France n’est pas une exception européenne. Jean-Luc Mélenchon a récemment rappelé une comparaison de l’OCDE selon laquelle les salariés français comptaient moins de jours d’absence pour maladie que ceux de plusieurs pays voisins. 

Derrière les milliards annoncés, ce sont surtout des salariés qui sont concernés. Une réduction de l’indemnisation ne touche pas seulement les abus : elle touche aussi celui qui tombe malade, qui se blesse ou qui doit s’arrêter plusieurs semaines.

54 milliards d’euros d’économies : le choix de Lecornu

Les arrêts maladie ne sont qu’un morceau du budget présenté par Sébastien Lecornu. Au total, le gouvernement veut trouver 54 milliards d’euros d’économies en 2027, afin de ramener le déficit public autour de 5 % du PIB.

Le projet repose sur une multitude de mesures : gel en valeur d’une partie des dépenses de l’État, gel du point d’indice des fonctionnaires, effort demandé aux collectivités, économies sur les dépenses sociales et mesures concernant les retraites et l’Assurance maladie.

Le gouvernement refuse de parler d’austérité et présente son projet comme un effort nécessaire pour remettre les finances publiques sur une trajectoire soutenable. Mais le mot importe finalement moins que la réalité des mesures annoncées. Lorsqu’un gouvernement cherche 54 milliards d’euros d’économies et prévoit près de 2 milliards d’euros d’économies sur les arrêts maladie, il fait nécessairement un choix dans la répartition de l’effort.

Ce choix intervient alors que l’économie française connaît une croissance particulièrement faible. La Banque de France prévoit seulement 0,4 % de croissance en 2026, après un recul de 0,2 % du PIB au premier trimestre et une stagnation au deuxième. 

La question est donc aussi celle de la politique économique à mener dans une période de faible activité : réduire rapidement les dépenses publiques ou préserver davantage la demande, l’investissement et les services publics pour soutenir l’activité.

C’est sur ce choix que la France insoumise défend une stratégie différente : plutôt que de concentrer l’effort sur la réduction des dépenses, elle propose de chercher de nouvelles recettes, de modifier certains mécanismes de financement de la dette et de consacrer davantage de moyens à l’investissement et aux secteurs stratégiques.

Pour aller plus loin : Dette : en finir avec le chantage des marchés

Taxe Zucman, dette et investissement : les autres pistes défendues par LFI

Plutôt que de concentrer l’effort sur les dépenses sociales, LFI propose d’abord d’augmenter les recettes provenant des patrimoines les plus élevés. Son programme prévoit notamment une taxe minimale de 2 % sur le patrimoine des milliardaires, dite taxe Zucman, le rétablissement et le renforcement de l’ISF, la suppression de la flat tax et une fiscalité plus progressive des revenus. Le mouvement propose également de renforcer la taxation des héritages les plus importants et de prendre en compte l’ensemble des donations et des successions reçues au cours de la vie.

À la fête de l’Humanité, Jean-Luc Mélenchon a également remis en cause certains mécanismes de financement de la dette. Les OATi et OAT€i, obligations indexées sur l’inflation, contribuent à la hausse de la charge lorsque les prix augmentent : 13 milliards d’euros de la hausse de la charge de la dette à l’effet de l’inflation sur les titres indexés. LFI propose donc de mettre fin aux nouvelles émissions de dette publique indexée sur l’inflation et défend un audit citoyen de la dette.

Mais réduire le déficit ne consiste pas uniquement à réduire les dépenses ou à augmenter les impôts. Il faut aussi regarder ce qui arrive au dénominateur : le PIB.

L’Espagne en fournit une illustration. Après être passée de 101,6 % du PIB en 2024 à 100,7 % en 2025, sa dette publique est attendue en dessous de 100 % du PIB. Cette baisse s’explique principalement par la forte croissance du PIB ; soulignant le rôle primordial de la croissance économique, des investissements publics et de la politique de la demande.

Pour aller plus loin : Faut-il arrêter l’IA… ou la socialiser ?

C’est précisément ce qui ramène au débat sur l’intelligence artificielle. Manuel Bompard a participé ce vendredi 25 septembre à Marseille au débat consacré à l’IA et aux enjeux de souveraineté. Cette question s’inscrit dans une réflexion plus large sur l’investissement dans les technologies stratégiques, la recherche et les capacités productives françaises.

Taxer les grandes fortunes, revoir le financement de la dette et investir dans les secteurs stratégiques : ce sont les trois leviers que Mélenchon et LFI mettent en avant face à une politique budgétaire centrée sur la réduction à la tronçonneuse des dépenses.

À l’approche de 2027, le débat ne porte donc pas uniquement sur les 2 milliards d’euros recherchés sur les arrêts maladie. Il porte sur une question beaucoup plus large : qui doit contribuer à l’effort budgétaire, et que fait-on de l’argent public pour préparer l’économie française de demain ?

Pour aller plus loin : Dette, réformes fiscales, taxation des milliardaires – Manuel Bompard a survolé le débat face à Thierry Breton sur LCI

Pour Lecornu, l’urgence est de réduire les dépenses et de ramener le déficit sous contrôle. Pour Mélenchon et LFI, l’équation passe davantage par la contribution des patrimoines les plus élevés, une autre gestion de la dette et l’investissement dans les capacités productives du pays.

Derrière les arrêts maladie, c’est donc bien le choix de société et de politique économique qui se dessine pour 2027.

Par Elias Peschier

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