Touchant près de deux millions de femmes en France, l’endométriose demeure une maladie passée trop souvent sous silence dans le débat public et insuffisamment prise en charge. Entre invisibilisation des douleurs féminines et des interrogations croissantes sur le rôle des pollutions chimiques, elle révèle les liens profonds entre santé, féminisme et écologie. Si elle est absente des interventions politiques, ce n’est pas le cas de LFI. Jean-Luc Mélenchon et les Insoumis en ont fait un sujet central, inscrivant l’endométriose au rang des maladies politiques et écologiques qui ravagent le pays. Notre article.
Une maladie de masse longtemps invisibilisée
Pendant des décennies, l’endométriose a été reléguée au rang de simple « souffrance de règles ». Une souffrance intime, individuelle, presque honteuse, que des millions de femmes étaient invitées à supporter en silence. Aujourd’hui encore, malgré une meilleure connaissance de cette maladie chronique qui touche une femme sur dix, le diagnostic intervient en moyenne après plusieurs années d’errance médicale.
Pourtant, l’endométriose est loin d’être une affection bénigne. Cette maladie inflammatoire chronique se caractérise par la présence de tissus semblables à l’endomètre en dehors de l’utérus. Elle peut provoquer des douleurs pelviennes invalidantes, des troubles digestifs, une fatigue chronique, des douleurs lors des rapports sexuels et parfois des difficultés à concevoir un enfant.
En France, près de deux millions de femmes seraient concernées. Derrière ces chiffres se cachent des parcours de vie bouleversés, des études interrompues, des carrières freinées et des souffrances trop souvent minimisées.
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Quand la médecine oublie les femmes
L’histoire de l’endométriose raconte aussi celle d’une médecine construite pendant des siècles autour du corps masculin comme norme de référence.
Longtemps, les douleurs des femmes ont été considérées comme exagérées, psychologiques ou inhérentes à leur condition. Combien de patientes ont entendu qu’il était « normal d’avoir mal » avant qu’un médecin ne prenne enfin leur souffrance au sérieux ?
Cette invisibilisation n’est pas le fruit du hasard. Elle découle de choix politiques et scientifiques. Pendant des décennies, les maladies touchant spécifiquement les femmes ont bénéficié de moins de financements, de moins de recherches et de moins d’attention médiatique que d’autres pathologies.
Le résultat est connu : des années d’errance diagnostique, une prise en charge inégale selon les territoires et des milliers de femmes contraintes de mener leur combat presque seules.
Une maladie qui révèle les inégalités sociales
L’endométriose ne frappe pas seulement les corps. Elle affecte également les conditions de vie.
Lorsqu’une femme doit s’absenter régulièrement de son travail en raison de douleurs invalidantes, lorsqu’une étudiante manque des examens ou des cours, lorsqu’une salariée renonce à certaines responsabilités faute d’aménagements adaptés, c’est toute une dimension sociale de la maladie qui apparaît.
Les femmes les plus précaires sont souvent les premières touchées par ces difficultés. Parce qu’elles disposent de moins de ressources pour accéder aux spécialistes. Parce qu’elles occupent plus fréquemment des emplois où l’absence ou l’adaptation des horaires est difficile. Parce qu’elles subissent déjà les inégalités salariales et professionnelles qui traversent la société.
L’endométriose est donc également une question de justice sociale.
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Le rôle inquiétant des perturbateurs endocriniens
Depuis plusieurs années, les scientifiques s’intéressent à une autre dimension du problème : l’environnement dans lequel se déroule la vie.
L’endométriose est une maladie hormonodépendante. Cette caractéristique conduit naturellement les chercheurs à s’interroger sur le rôle des perturbateurs endocriniens, ces substances chimiques capables d’interférer avec le fonctionnement hormonal humain.
On les retrouve dans de nombreux produits du quotidien : certains plastiques, pesticides, cosmétiques, emballages alimentaires ou produits industriels.
Les recherches se poursuivent et toutes les causalités ne sont pas encore définitivement établies. Mais de nombreuses études pointent déjà des associations préoccupantes entre certaines expositions environnementales et le développement de l’endométriose.
Autrement dit, la question de la santé des femmes ne peut être séparée de celle de l’environnement.
Une crise écologique qui s’écrit dans les corps
Pendant longtemps, l’écologie a été présentée comme une affaire de climat, de biodiversité ou de protection des paysages. Mais la crise écologique est également une crise sanitaire. L’air respiré, l’eau bue, les aliments consommés et les substances chimiques auxquelles l’exposition a lieu ont des conséquences directes sur la santé.
L’endométriose rappelle que les pollutions ne restent pas dans les sols, les rivières ou l’atmosphère. Elles s’inscrivent aussi dans les corps. Parler de santé environnementale, ce n’est donc pas défendre une écologie abstraite. C’est défendre le droit fondamental à vivre dans un environnement qui ne menace pas la santé.
Quand les profits passent avant la santé
L’histoire récente est remplie d’alertes ignorées. Amiante. Chlordécone. PFAS. Pesticides. À chaque fois, des scientifiques ont tiré la sonnette d’alarme. Les intérêts économiques ont retardé les décisions politiques. À la fin, les victimes ont payé le prix de cette inaction.
La question posée par l’endométriose est aussi celle-ci : combien de temps sera-t-il accepté que des substances suspectées d’altérer le système hormonal soient massivement diffusées avant même que leur innocuité ne soit pleinement démontrée ?
Le principe de précaution ne devrait pas être l’exception. Il devrait être la règle.
Une lutte féministe, sociale et écologique
L’endométriose n’est pas seulement une maladie. Elle est le révélateur d’une médecine qui a longtemps ignoré les femmes, des inégalités sociales qui aggravent les parcours de soins, des conséquences sanitaires d’un modèle économique qui peine encore à placer la santé publique avant les profits.
La lutte contre l’endométriose implique davantage de recherche publique, davantage de moyens pour l’hôpital, une meilleure formation des professionnels de santé, mais aussi une politique ambitieuse de réduction des pollutions et d’interdiction des perturbateurs endocriniens les plus dangereux.
Parce que la santé des femmes mérite mieux que l’indifférence. L’écologie ne se résume pas à la protection des paysages mais concerne aussi la protection des corps. Enfin, une société véritablement émancipatrice ne peut accepter que des millions de femmes continuent à souffrir dans l’indifférence générale.
Par Charlène Delacour