Au premier trimestre 2026, le taux de chômage atteint 8,1 % au sens du BIT. Un niveau inédit depuis cinq ans. Après des années d’autosatisfaction gouvernementale sur le « plein emploi », la réalité rattrape brutalement Emmanuel Macron et ses ministres. Derrière les discours triomphants sur « la start-up nation » et «la réussite de la politique de l’offre », les fondamentaux du marché du travail se dégradent : hausse des inscriptions à France Travail, explosion de la précarité, baisse des offres d’emploi, multiplication des plans sociaux et stagnation des salaires.
Depuis 2017, la macronie a construit un récit : celui d’un président qui aurait « fait baisser le chômage ». Mais cette baisse était largement artificielle, alimentée par des subventions massives aux entreprises – à commencer par les plus grandes au détriment des TPE et PME – des manipulations statistiques, l’explosion de l’apprentissage subventionné et l’ubérisation du travail. Aujourd’hui, lorsque les perfusions budgétaires se réduisent et que l’économie ralentit, le chômage repart à la hausse. Notre article.
Un plein emploi largement fictif
Le gouvernement met en avant le taux de chômage au sens du BIT, actuellement autour de 8 %. Mais cet indicateur ne raconte qu’une partie de l’histoire. En réalité, plus de 7,5 millions de personnes sont aujourd’hui inscrites à France Travail, soit près d’un actif sur quatre. Et encore : ce chiffre inclut désormais les nouvelles catégories créées par les réformes récentes. La catégorie A (les personnes totalement sans emploi) compte encore environ 3,3 millions de personnes.
Mais surtout, les catégories B et C, qui regroupent les personnes exerçant une activité réduite, restent à des niveaux historiquement élevés. Autrement dit : beaucoup de Français ne sortent pas réellement du chômage, ils basculent simplement dans des formes de sous-emplois précaires. La prétendue « baisse historique » du chômage vantée par Emmanuel Macron reposait donc en grande partie sur des reclassements statistiques et une flexibilisation accrue du marché du travail.
La réforme des retraites a également contribué à cette illusion : en maintenant plus longtemps les seniors sur le marché du travail, elle a mécaniquement gonflé le nombre d’actifs, sans créer suffisamment d’emplois supplémentaires. Résultat : davantage de seniors restent au chômage ou dans le halo du chômage, sans forcément être comptabilisés dans les chiffres officiels mis en avant par le gouvernement.
L’apprentissage et l’ubérisation : les moteurs cachés de la baisse du chômage
L’un des principaux moteurs de la baisse du chômage depuis 2021 a été l’explosion de l’apprentissage. Les aides publiques massives versées aux entreprises ont provoqué une hausse spectaculaire du nombre de contrats d’apprentissage. Mais derrière cette réussite affichée se cache une réalité plus nuancée. D’abord, ces dispositifs ont coûté des dizaines de milliards d’euros d’argent public. Ensuite, une partie importante des contrats subventionnés aurait existé même sans aides. Enfin, beaucoup d’entre eux débouchent sur des emplois précaires ou faiblement rémunérés.
Surtout, cette politique a permis de faire sortir artificiellement des jeunes des statistiques du chômage. Un apprenti n’est pas comptabilisé comme chômeur, même lorsqu’il reste dans une situation économique très fragile. Le gouvernement a ainsi pu afficher une amélioration statistique sans régler les problèmes structurels du marché du travail. Même logique avec l’explosion du statut d’autoentrepreneur. Depuis des années, Emmanuel Macron célèbre « l’esprit entrepreneurial ».
En réalité, cette politique a surtout accéléré l’ubérisation de l’économie française. Des centaines de milliers de travailleurs basculent dans des activités indépendantes faiblement rémunérées, sans sécurité de l’emploi ni protection sociale solide. Selon plusieurs études, le revenu moyen des autoentrepreneurs tourne autour de 800 euros par mois. Voilà la réalité du « modèle » macroniste : remplacer des emplois stables par des travailleurs précaires, isolés et sous-payés.
211 milliards d’aides aux entreprises pour quel résultat ?
La macronie a fait de la politique de l’offre son dogme absolu. Suppression de l’ISF, baisse des impôts de production, CICE pérennisé, exonérations de cotisations, aides publiques massives : chaque année, les entreprises reçoivent environ 211 milliards d’euros d’aides publiques. Le pari était simple : alléger le « coût du travail » pour stimuler l’investissement et l’emploi. Mais après près de dix ans de cette politique, le constat est accablant. La France reste confrontée à un chômage massif. La désindustrialisation continue. Les gains de productivité stagnent. Et surtout, les salaires restent comprimés. C’est l’échec, confirmé, de la politique de l’offre.
Selon le dernier gros rapport, celui de l’IRES, les entreprises ont utilisé ces aides pour préserver leurs marges ou rémunérer les actionnaires, beaucoup plus que pour investir massivement dans l’emploi ou l’appareil productif. Pendant ce temps, les services publics se dégradent, l’hôpital manque de moyens, l’école publique s’effondre et les collectivités locales sont étranglées budgétairement. Le plus ironique est que le gouvernement lui-même reconnaît implicitement l’échec de sa stratégie : dès que les subventions diminuent, le chômage repart à la hausse. Cela montre bien que la baisse précédente ne reposait pas sur une dynamique économique solide, mais sur des perfusions permanentes financées par la dette publique.
Un marché du travail profondément dégradé
Les indicateurs récents montrent une dégradation nette de la situation. Les offres d’emploi collectées par France Travail ont fortement chuté depuis leur pic de 2022-2023. Les sorties du chômage pour reprise d’activité ralentissent fortement. Et la CGT recense déjà environ 300 plans sociaux menaçant 300 000 emplois. Surtout, le chômage de longue durée repart à la hausse. Plus de 2,5 millions de personnes sont concernées. La durée moyenne passée au chômage reste proche de vingt mois. Dans le même temps, les réformes de l’assurance chômage ont considérablement affaibli les droits des demandeurs d’emploi.
Pour aller plus loin : Réforme de l’assurance-chômage : l’Unédic dresse un bilan accablant du matraquage des chômeurs orchestré par Macron
À peine plus d’un chômeur sur deux est aujourd’hui indemnisé. Emmanuel Macron prétendait vouloir « responsabiliser » les chômeurs mais sa politique a surtout précarisé davantage des millions de personnes déjà fragiles. Et contrairement au discours patronal relayé en boucle sur les « emplois non pourvus », les chiffres montrent une réalité simple : il y a environ un emploi vacant pour plus de vingt chômeurs. Le problème n’est donc pas un prétendu manque de volonté des demandeurs d’emploi, mais bien l’insuffisance de créations d’emplois de qualité.
Relancer l’économie par la demande
Le retour du chômage de masse montre l’impasse de la politique macroniste. Depuis des années, tout a été pensé pour rassurer les marchés financiers et favoriser les grandes entreprises. Mais une économie ne fonctionne pas durablement lorsque les salaires stagnent, que les services publics s’effondrent et que l’investissement public recule. La France insoumise et Jean-Luc Mélenchon défendent une logique exactement inverse : relancer l’économie par la demande populaire et l’investissement écologique. Cela passe d’abord par une hausse massive des salaires, avec l’augmentation du SMIC et une revalorisation générale des rémunérations. Car chaque hausse de salaire alimente immédiatement la consommation, donc l’activité économique et l’emploi.
Cela suppose aussi de restaurer le droit à la retraite à 60 ans. Contrairement au discours libéral, faire travailler les seniors toujours plus longtemps ne crée pas magiquement des emplois. Cela bloque au contraire des recrutements et accroît le chômage des plus âgés. La bifurcation écologique constitue également un immense levier pour créer des centaines de milliers d’emplois utiles : rénovation thermique des logements, transports publics, agriculture paysanne, énergies renouvelables, réindustrialisation verte. Là où la macronie subventionne sans condition les grands groupes, il faut planifier l’investissement public vers les besoins sociaux et écologiques.
Enfin, il faut sécuriser les travailleurs face à l’ubérisation : lutter contre la précarité, encadrer les plateformes, garantir des droits sociaux solides et reconstruire des services publics capables d’assurer la cohésion sociale.
Le retour du réel
Pendant des années, Emmanuel Macron a vendu le récit d’une France « modernisée », « flexible » et « compétitive ». Mais derrière les slogans, le pays s’est enfoncé dans la précarité, les bas salaires et l’insécurité sociale. Le retour du chômage à 8,1 % marque la fin du conte de fées macroniste. La baisse précédente reposait largement sur des artifices statistiques, des subventions massives et la précarisation du travail.
Aujourd’hui, les fondamentaux réapparaissent : quand la demande est faible, quand les salaires stagnent et quand l’investissement public recule, le chômage revient. Le véritable plein emploi ne se décrète pas par des réformes antisociales ou des cadeaux fiscaux aux grandes entreprises. Il se construit par le partage des richesses, la montée des salaires, la réduction du temps de travail et une planification écologique capable de répondre aux besoins du pays. C’est tout cela que Jean-Luc Mélenchon entend appliquer dès 2027.
Par Elias Peschier