À Nice, la répression s’abat sur les militants et les habitants

Répression. Derrière l’image de carte postale soigneusement entretenue par la mairie de Christian Estrosi, Nice vit au rythme des contrôles, des gardes à vue, des intimidations et des violences policières. Militants, manifestants, habitants des quartiers populaires : personne n’échappe à une logique de maintien de l’ordre de plus en plus autoritaire. Notre article. Nice, une […]

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Répression. Derrière l’image de carte postale soigneusement entretenue par la mairie de Christian Estrosi, Nice vit au rythme des contrôles, des gardes à vue, des intimidations et des violences policières. Militants, manifestants, habitants des quartiers populaires : personne n’échappe à une logique de maintien de l’ordre de plus en plus autoritaire. Notre article.

Nice, une ville sous surveillance

Nice est l’une des villes les plus vidéosurveillées d’Europe avec plus d’une caméra pour 70 habitants. Sous l’impulsion du maire de droite, Christian Estrosi, la police municipale a vu ses effectifs et ses pouvoirs exploser, devenant une véritable « force de sécurité parallèle ». Selon plusieurs enquêtes, la municipalité dispose d’un système de caméras et de reconnaissance automatisée parmi les plus développés de France.

Mais cette surveillance accrue – dont l’efficacité est déjà contestable – ne sert pas qu’à lutter contre la délinquance : elle cible aussi les mobilisations sociales. En 2019, la charge policière contre Geneviève Legay, 73 ans, militante d’Attac blessée grièvement lors d’une manifestation pacifique des Gilets jaunes, avait déjà marqué les esprits. Le commissaire responsable, Rabah Souchi, poursuivi pour violences, a depuis été… recruté par la police municipale. Un symbole glaçant.

Pour aller plus loin : Désintox – Généraliser la vidéosurveillance empêche-t-il la délinquance ?

Des militants écologistes criminalisés

L’UNOC (Conférence des Nations unies pour les océans), organisée à Nice en juin dernier, a exacerbé les tensions déjà présentes entre militants et pouvoir exécutif. Quelques jours avant le début de l’évènement, 5 militant·es de Greenpeace ont été placés en garde à vue à Nice après avoir collé des affiches dénonçant la pollution et l’inaction climatique, juste avant l’UNOC. Une action pacifique, non-violente, mais qui a déclenché une réaction policière disproportionnée : 20 heures de garde à vue, perquisitions chez les militant·es, avec des policiers qui disent eux-mêmes qu’ils ont « plus important à faire ».

La même semaine, trois militants de la France insoumise ont également passé plusieurs heures en garde à vue pour avoir collé des affiches « Macron, Destitution », sur une colonne à affichage libre.

Quartiers populaires : la répression ordinaire

Dans les quartiers de l’Ariane ou des Moulins, la répression prend une autre forme : celle du quotidien. Contrôles d’identité abusifs, intimidations, violences lors d’interpellations. Les témoignages de jeunes racontent un même scénario : humiliation, peur et sentiment d’injustice.

En 2022, trois policiers municipaux ont même été mis en examen pour séquestration et violences aggravées sur un jeune homme. Une affaire révélatrice d’un climat d’impunité et d’excès.

Le Canard enchaîné a récemment révélé que le 22 juillet 2025, cinq policiers de la brigade d’intervention CI 120 C interviennent aux Moulins pour une affaire de deal. Ils arrêtent deux personnes, qui seront ensuite insultées, menacées, frappées : « T’es un Arabe. T’es là pour violer des Françaises et nous voler ! Ici personne ne veut de toi ! Donc tu vas rentrer dans ton pays, suceur de chameaux ! ». L’une des deux personnes a eu le réflexe de lancer un enregistrement audio sur son téléphone, ce qui a permis de prouver une réalité bien connue des habitants des quartiers populaires niçois.

Un climat politique verrouillé

Le climat s’est encore tendu dans le contexte des mobilisations du 10 septembre et le mouvement « Bloquons tout », les manifestations en soutien à la « Global Sumud Flotilla » pour briser le blocus illégal d’Israël sur Gaza, et l’instabilité du pouvoir. Ces mobilisations, locales ou internationales, ont suscité une réaction brutale des forces de l’ordre, avec des convocations et des appels téléphoniques intimidants à l’encontre de militants. Des méthodes qualifiées de « mafieuses » par les concernés.

Cette dérive autoritaire s’inscrit dans une logique nationale : museler la contestation sociale, affaiblir les mouvements écologistes et réduire au silence les voix dissidentes. Mais à Nice, elle prend une ampleur particulière, portée par un pouvoir municipal obsédé par l’ordre et la communication.

Pour une autre vision de la sécurité

Face à cette répression, une autre voie est possible. La France insoumise porte un projet de sécurité républicaine, fondé sur la prévention, la justice sociale et la fin de l’impunité policière.

Plutôt que de multiplier les caméras et les brigades armées, elle propose de reconstruire la confiance entre la population et les forces de l’ordre, de désarmer la police municipale, et de créer un véritable contrôle citoyen de l’action policière.

Dans cette vision, la sécurité ne se mesure pas au nombre de caméras, mais à la dignité retrouvée des habitants. « La République, ce n’est pas la peur, c’est la liberté », résumait Jean-Luc Mélenchon. À Nice comme ailleurs, il est temps que la République reprenne ses droits.

Par Allan Clerc

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