mardi 8 septembre

02:01

đŸ›ïžLES MACRONISTES INSTRUMENTALISENT LA LUTTE CONTRE LES VIOLENCES FAITES AUX FEMMES

Intervention de DaniĂšle Obono, mardi 28 fĂ©vrier 2023, lors de l’examen en commission de la proposition de loi d’extension de la peine d’inĂ©ligibilitĂ© La proposition de loi macroniste est une grossiĂšre et dangereuse instrumentalisation de la justice et de la lutte contre les violences faites aux femmes Ă  des fins bassement politiciennes. Honteux ! đŸ‘‡đŸŸ […]

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Intervention de DaniĂšle Obono, mardi 28 fĂ©vrier 2023, lors de l’examen en commission de la proposition de loi d’extension de la peine d’inĂ©ligibilitĂ©
La proposition de loi macroniste est une grossiĂšre et dangereuse instrumentalisation de la justice et de la lutte contre les violences faites aux femmes Ă  des fins bassement politiciennes. Honteux ! đŸ‘‡đŸŸ

“La proposition de loi que nous examinons aujourd’hui vise Ă  Ă©tendre la peine complĂ©mentaire obligatoire d’inĂ©ligibilitĂ© aux violences ayant entraĂźnĂ© une incapacitĂ© temporaire de travail (ITT) infĂ©rieure ou Ă©gale Ă  8 jours ou n’ayant pas entraĂźnĂ© d’ITT, violences commises notamment (la liste est trĂšs longue) sur un·e conjoint·e.
Ses auteur·es prĂ©tendent vouloir “renforcer les exigences de probité inhĂ©rentes aux fonctions d’élus et auxquelles ils restent pleinement attachĂ©s”. De maniĂšre plus explicite, S. HouliĂ©, 2Ăšme signataire du texte, a expliquĂ©, lors de l’annonce de son dĂ©pĂŽt en janvier dernier : “On a tirĂ© les consĂ©quences d’un vide juridique qu’on avait constatĂ© lors de la condamnation d’Adrien Quatennens par la justice”.
Cette proposition rĂ©pond donc, en fait, Ă  la dynamique “un fait d’actualitĂ©, une loi”. Mais pas n’importe quel fait d’actualitĂ© : une affaire judiciaire concernant un opposant politique, et au-delĂ  de l’individu, c’est la principale force d’opposition et d’alternative Ă  la Macronie qui est visĂ©e. Il s’agit purement et simplement d’une grossiĂšre et dangereuse instrumentalisation de la justice et de la lutte contre les violences faites aux femmes Ă  des fins bassement politiciennes.
Peut-on en effet prĂ©tendre de maniĂšre crĂ©dible ĂȘtre “attachĂ©s” aux “exigences de probité” “d’exemplaritĂ©â€, de “dignitĂ©â€ des Ă©lus, quand on fait partie d’un groupe politique et qu’on soutient un exĂ©cutif qui ont Ă  leur actif, en 5 ans :
– 11 condamnations, dont 2 pour violences conjugales ;
– 8 mises en examen, dont le secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de l’ÉlysĂ©e et l’actuel Garde des Sceaux (accusĂ©s de prise illĂ©gale d’intĂ©rĂȘts) ;
– et 12 enquĂȘtes en cours, dont l’actuel ministre du Travail soupçonnĂ© de corruption et prise illĂ©gale d’intĂ©rĂȘt, et un des co-signataires de ce texte accusĂ© de viol et de tentative de viol ?
Vous ne pouvez arguer d’aucun magistùre moral et vos justifications sont hypocrites.
Vous ne faites surtout pas grand cas de la justice. Car, on ne peut raisonnablement penser “renforcer” quelques exigences que ce soit quand on restreint les marges d’apprĂ©ciation de l’autoritĂ© judiciaire. L’extension que vous proposez de la peine d’inĂ©ligibilitĂ© vient imposer une nouvelle obligation pour les juges qui devront appliquer cette peine ou motiver sa non application. L’obligation de motivation va alourdir leur charge de travail et le temps consacrĂ© Ă  l’explication de la dĂ©cision. Les compositions de jugement, dĂ©jĂ  complĂštement surchargĂ©es, vont devoir rĂ©diger des motivations spĂ©ciales dans la quasi-totalitĂ© des cas oĂč la peine d’inĂ©ligibilitĂ© n’a aucun sens. Votre mesure vise en rĂ©alitĂ© un nombre de cas trĂšs minoritaires dans la masse de violences concernĂ©es que les tribunaux ont Ă  traiter. En dĂ©finitive, la peine sera Ă©cartĂ©e, dans la majoritĂ© des cas, pour les auteur·es qui ne sont pas des Ă©lu·es (ou militant politiques, associatifs, syndicaux) car sans utilitĂ© par rapport Ă  leur profil. Cela revient Ă  crĂ©er une loi pour une minoritĂ© de cas d’espĂšces. C’est, qui plus est, une atteinte disproportionnĂ©e Ă  un droit civique fondamental.
L’inflation pĂ©nale, et notamment l’aggravation des peines, pĂšse sur le fonctionnement de la justice, sans qu’elle n’ait d’effets en matiĂšre de dissuasion ou de prĂ©vention de la rĂ©cidive.
Si un changement de culture est effectivement nĂ©cessaire dans la sociĂ©tĂ© et dans l’institution judiciaire pour mieux apprĂ©hender les violences faites aux femmes, cela doit passer en prioritĂ© par un ralentissement de la cadence pĂ©nale pour mieux enquĂȘter et analyser les situations particuliĂšres des personnes en cause.
Il faut Ă©galement permettre aux victimes de faire valoir leurs droits dans les meilleures conditions. L’urgence est Ă  la mise en place d’un plan clair de prĂ©vention, formation, aide aux associations et investissements financiers massifs dans les services publics comme celui de la justice. Par exemple :
– en assurant une formation spĂ©cifique et obligatoire en matiĂšre de violences sexistes et sexuelles pour tous·tes les professionnel·les ;
– en crĂ©ant un pĂŽle judiciaire spĂ©cialisĂ© dans les violences intrafamiliales dans chaque cour d’appel ;
– en favorisant la dĂ©sistance des hommes violents, avec systĂ©matiquement des stages de responsabilisation ;
– en renforçant les effectifs du service pĂ©nitentiaire d’insertion et de probation.
Dans votre texte, il n’est nulle part question de tout cela. Vous avez refusĂ© tous nos amendements. Nous refusons l’escalade rĂ©pressive qui est la seule rĂ©ponse que vous apportez Ă  tout propos, sans jamais vous attaquer aux causes structurelles des problĂšmes, ni mettre les moyens financiers pour y remĂ©dier.”

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