Portrait – Alain Duhamel, journaliste engagé, adorateur d’Emmanuel Macron

Qui est Alain Duhamel, éditorialiste peut-être le plus connu du pays ? Impossible de trouver une photo libre de droit du journaliste star. En passant par Paul Nizan, Pierre Bourdieu, Albert Camus et Serge Halimi, l’insoumission vous retrace le parcours du plus ancien chien de garde du pays. Celui d’un journaliste militant, engagé dans la promotion de l’ultra-libéralisme, militant pour François Bayrou en 2007, auteur d’Emmanuel le Hardi, adorateur suprême d’Emmanuel Macron.

Les éditorialistes de plateaux, loin, très loin de l’objectivité affichée, sont des militants politiques déguisés en journalistes. Chaque jour, ils défendent une idéologie en direct aux heures de grandes écoutes. Les éditorialistes sont des acteurs de la bataille culturelle. Révéler d’où ces acteurs parlent, quels sont leurs parcours, est une œuvre nécessaire pour éclairer le débat démocratique. Fin d’un mythe : non, les éditorialistes ne sont pas des journalistes neutres. Pour qui militent-ils ? Quatrième épisode de notre série pour démasquer les éditorialistes que vous voyez chaque jour à la télé : Alain Duhamel. Portrait.

Le plus ancien des chiens de garde

« Chaque fois qu’une voix libre s’essaiera de dire, sans prétention, ce qu’elle pense, une armée de chiens de garde de tout poil et de toute couleur aboiera furieusement pour couvrir son écho » Albert Camus, journal Combat, février 1947.

Chien de garde : ce terme à été défini dans de nombreux, essais et articles scientifiques. De multiples articles et documentaires en parlent. Un chien de garde est un journaliste qui utilise sa force de travail afin de maintenir en place l’idéologie dominante et de ce fait, ses représentants économiques et politiques. L’expression est apparue en 1932 dans un roman-essai de Paul Nizan intitulé Chiens de Garde dans lequel il parle des écrivains, des essayistes, des professeurs d’université qui défendent l’ordre établi.

La mécanique de ce phénomène a beaucoup été étudié et analysé par Pierre Bourdieu, le célèbre sociologue français, dont l’œuvre s’appuie sur une analyse des mécanismes de reproduction des hiérarchies sociales. En décembre 1996, il publie par exemple Sur la télévision (suivi de L’emprise du journalisme) où il y présente Alain Duhamel comme « l’invité permanent » de tous les médias français. En 1997, Serge Halimi publie Les Nouveaux Chiens de Garde aux éditions Liber.

En 2013, paraît Les Nouveaux Chiens de Gardes, un documentaire de référence qui prolonge et actualise l’analyse du phénomène et utilise à nouveau l’exemple d’Alain Duhamel pour démontrer son propos. De nos jours, les chiens de garde sont des journalistes, éditorialistes, « experts » qui saturent un espace médiatique détenu dans sa quasi-totalité par les propriétaires du CAC40 ou par l’audiovisuel public.

Parcours professionnel

Alain Duhamel est né à Caen en Normandie et est âgé de 80 ans. Son père était Michel Duhamel, docteur en médecine, et sa mère se prénommait Yvonne Bosquet. Il a deux frères, Jean-François, pédiatre, décédé en 2020, et Patrice Duhamel, ancien directeur général de France Télévisions.

Alain Duhamel entre à l’ORTF en 1970 et depuis, participera à la plupart des grandes émissions politiques de la télévision française (d’abord le service public puis les chaînes privées et enfin les chaînes d’information en continu). Il animera 2deux débats présidentiels du second tour, écrira dans de nombreux journaux français (Le Monde, Libération, Le Figaro…) et animera quantité d’émissions de radio (France inter, France Culture, Europe1…).

Contexte familial : le monde de l’entre-soi journalistique

Alain Duhamel a un frère, Patrice Duhamel qui commence aussi sa carrière en 1970 en tant que journaliste à l’ORTF. Il deviendra ensuite entre autres et successivement chef du service politique de TF1, directeur adjoint puis directeur d’antenne des programmes de RMC, directeur de l’antenne puis directeur des programmes de France Inter, directeur général aux antennes de Radio France, directeur général de France 3, directeur général de France Télévision…

La belle-sœur d’Alain, la femme de Patrice, une certaine Natalie Saint-Criq, devient journaliste à Europe 1 et puis entre à France Télévisions dans les années 2000 pour devenir chef du service politique de France 2 en 2012. Elle co-anime le débat présidentiel en 2017 sur TF1 et chronique régulièrement dans plusieurs émissions. La famille Saint-Cricq est l’un des deux actionnaires majoritaires du groupe Nouvelle République du Centre-Ouest qui édite le journal du même nom ainsi que quelques autres titres de presse écrite.

Elle possède 40 % des parts de la chaîne TV Tours Val de Loire. Son frère, Olivier Saint-Cricq, est à la tête du directoire du groupe. C’est la tante par alliance d’une des ministre actuelle de la macronie (Amélie Oudéa-Castéra), mariée quant à elle à Frédéric Oudéa, énarque inspecteur des finances qui, en 1993, entre au cabinet de Nicola Sarkozy alors ministre du Budget et de la Communication pour ensuite pantoufler à la Société Générale où il est directeur général.

Son neveu, Benjamin Duhamel, est comme lui éditorialiste de plateau sur BFMTV et s’engage sans restriction à la défense de la macronie. C’est le fils de Patrice et Nathalie. Précisons ici que la famille d’Alain Duhamel n’a rien a voir avec celle d’Olivier Duhamel, dénoncé par Camille Kouchner début janvier 2021 pour des faits d’inceste dans son livre La Familia grande.

Ce rapide tour d’horizon (pas si court en réalité mais difficile de faire plus rapide pour bien étayer notre propos) montre bien à quel point on est ici dans l’entre-soi et combien la réalité de ce monde est éloigné des problèmes de pauvreté : la fourchette basse des revenus des personnes que je viens de citer tourne autour de 4 ou 5 SMICs pour atteindre plusieurs millions d’euros/an (source : ici, ici ou ).

Journaliste militant, engagé dans la promotion de l’ultra-libéralisme

Voici maintenant quelques faits d’armes qui illustrent le parcours de chien de garde de l’ultra-liberalisme d’Alain Duhamel et qui montre à quel point, il faut avoir les bonnes lunettes pour décrypter ses propos quand il s’exprime dans les médias. Tout d’abord, la blague de Jacques Chirac qui, agacé par le giscardisme des journalistes Alain et Patrice Duhamel, aurait confesser avoir fait un cauchemar où ils étaient trois.

En 1995, il déclare, méprisant, que les mobilisations sociales contre le « plan Juppé » relèvent d’une « grande fièvre collective ».

En 2004, Alain Juppé est contraint de quitter la vie politique, la cour d’appel de Versailles l’ayant condamné à 14 mois de prison avec sursis et à un an d’inéligibilité pour prise illégale d’intérêts dans le cadre de l’affaire des emplois fictifs de la mairie de Paris. Voici ce qu’Alain duhamel en dit : « Alain Juppé, en fait, aujourd’hui est mis en cause pour des incriminations qui sont relativement vénielles » (définition du Larousse, véniel : se dit d’une faute sans gravité.)

En 2006, il « oublie » d’écrire un chapitre sur Ségolène Royal dans son livre « Les Prétendants 2007 », chez Plon sur ceux qui allaient être les futurs candidats.

Militant pour François Bayrou en 2007

En 2007, pendant la campagne  présidentielle, il montre son opposition à la candidature de Ségolène Royal avant sa nomination comme candidate du PS puis il qualifie sa campagne de « psychédélique ». Ses apparitions sur France 2, notamment sa participation à l’émission À vous de juger, sont suspendues à la suite de la diffusion sur Internet d’une vidéo où devant des étudiants de l’Institut d’études politiques de Paris, il précise qu’il va voter François Bayrou.

En 2011, Dominique Strauss-Kahn, directeur du Fond Monétaire International et potentiel candidat du PS pour l’élection présidentiel est arrêté par le FBI pour agression sexuelle sur une femme de chambre dans un hôtel new-yorkais. Voici ce qu’en dit Alain Duhamel qui était son ami sur RTL, « Dominique Strauss-Kahn était une chance historique pour les socialistes. Parce que son profil correspondait exceptionnellement aux circonstances ».

Adorateur d’Emmanuel Macron

Ses deux derniers ouvrages font l’éloge d’Emmanuel Macron qui le fascine. Florilège de Journal d’un observateur paru en 2018 : « Son audace et sa détermination sont prodigieuses », « La première fois que je l’avais rencontré, j’avais été frappé par sa concentration, par son attention, par son aisance. Il avait visiblement bâti son propre système de pensée, une analyse cruelle et décapante. Il m’avait étonné : qui, depuis Valéry Giscard d’Estaing, avait cette autorité juvénile et cette confiance en soi audacieuse ? ».

Emmanuel le Hardi paru en 2021 est un long monologue à la gloire de Macron :  « Emmanuel  Macron  n’est  pas  le  seul  à  percer,  à rompre et à balayer les situations acquises. Sa grande différence  est  qu’à  l’opposé  des  vainqueurs  populistes,  il  a  l’allure  singulière  d’un  démocrate  post‑moderne,  d’un bonapartiste civilisé et d’un réformateur tempéré, cohérent,  acceptant  pleinement  les  lois  du  marché  et  de  la  démocratie  mais  furieusement  désireux  de  les  modifier  et  de  les  adapter.  Un  leader  du  XXIe siècle, inexpérimenté, juvénile, arrogant, trébuchant, solitaire, provocant mais aussi novateur, énergique, infatigable. On  l’a  comparé  à  Valéry  Giscard  d’Estaing  pour  son  brio  intellectuel,  sa  modernité,  sa  compétence  économique ».

Le journal Paris Match, dans un article élogieux sur Alain Duhamel et de ce livre déclare : « L’éditorialiste, qui a connu huit présidents, voit en Macron un héritier moderne de Bonaparte dans un système devenu vermoulu. »

Défenseur acharné de la macronie

En faut-il d’avantage pour décrypter chacun des propos d’Alain Duhamel quand il s’exprime dans les médias ? C’est à l’aune de ce que nous venons d’écrire qu’il faut comprendre ses propos et ses interventions médiatiques. C’est à l’aune de tout cela qu’il faut comprendre ses attaques frontales contre La France Insoumise ou la Nouvelle Union Populaire Écologique et Sociale (NUPES).

Alors, l’air de rien, en « parfait » commentateur pseudo-objectif, en gendre idéal, Alain Duhamel distille son fiel contre l’unique alternance à la catastrophe ultralibérale qu’il prône. Un petit coup de surf sur Twitter vous montre à coup sûr sa détestation de la NUPES, de LFI et de Jean-Luc Mélenchon.

Sur le site de BFM, pour ne citer qu’un exemple, à la 58ème seconde de cette vidéo il qualifie la NUPES à l’Assemblée nationale de bloc d’extrême-gauche. Il reprend dès qu’il le peut la stratégie d’Emmanuel Macron en renvoyant dos à dos NUPES ou LFI et extrême droite. En lister ici tous les exemples seraient sans fin.

Ainsi donc voici un homme, qui, à n’en pas douter est un être exquis dans d’autres champs de sa vie, mais se comporte en véritable chien de garde d’une caste qui opprime, affame, assoiffe et désespère une grande partie de l’humanité. Le plus ancien des chiens de garde.

Par Jean-François Farage.