Portrait – Christophe Barbier, le militant politique caché derrière l’écharpe rouge

On reconnaîtrait Christophe Barbier entre mille grâce à un signe distinctif : son écharpe rouge, jamais attachée, toujours posée sur ses deux épaules. Un style unique. Il est sûrement l’un des éditorialistes les plus connus de France. Né en 1967, il est directeur de la rédaction de l’hebdomadaire L’Express enter 2006 et 2016. Il est aujourd’hui éditorialiste régulier sur BFMTV. Depuis octobre 2021, il est directeur de la rédaction de l’hebdomadaire Franc-Tireur, qualifié d’« anti-extrémismes ». Qui défend-il ? C’est la question à laquelle L’insoumission va s’atteler aujourd’hui.

Les éditorialistes de plateaux, loin, très loin de l’objectivité affichée, sont des militants politiques déguisés en journalistes. Chaque jour, ils défendent une idéologie en direct aux heures de grandes écoutes. Les éditorialistes sont des acteurs de la bataille culturelle. Révéler d’où ces acteurs parlent, quels sont leurs parcours, leurs liens avec le capital, les 9 milliardaires qui possèdent 90% des médias du pays, est une œuvre nécessaire pour éclairer le débat démocratique. Fin d’un mythe : non, les éditorialistes ne sont pas des journalistes neutres. Pour qui militent-ils ? L’insoumission lance une série de portraits des éditorialistes que vous voyez chaque jour à la télé. Premier épisode : Christophe Barbier.

Christophe Barbier, une méthode : ne jamais sortir de son plateau, ne surtout pas rencontrer de gens en vrai

« Se confronter au terrain pollue l’esprit de l’éditorialiste, je me méfie de la charge émotionnelle » : Christophe Barbier se confie au Journal Du Dimanche (JDD). Rencontrer des vrais gens ? Christophe Barbier préfère le confort des plateaux. Jusqu’à être déconnecté de la réalité et de sacrément agacer ses concitoyens. « C’est un éditocrate libéral qui pense détenir la vérité, le genre de personne en partie responsable de la détestation ambiante des journalistes », pouvait-on lire comme témoignage dans le JDD. Christophe Barbier est ainsi l’archétype d’une caste médiatique coupé des conditions matérielles d’existence du commun des mortels, retranché dans sa bulle. Il est celui qui donne son avis sur tout, sans être spécialiste de rien.

En effet, ce « journaliste » disserte sur les sujets du quotidien sans jamais sortir de son studio de télévision. Depuis les années 1990, où il a fait un passage au magazine de droite Le Point, Christophe Barbier n’a eu de cesse de s’éloigner du commun des mortels. Son mépris affiché depuis son plateau, notamment à l’encontre des Gilets Jaunes, conspués tout le long de leur mouvement, lui a valu un niveau de détestation grandissant au sein de la population.

Deux déclarations pour illustrer notre propos. Pendant les Gilets Jaunes, ses prises de paroles ont alternés entre mépris et détestation. Sur le plateau de « C dans l’air » le 3 décembre 2018, l’éditorialiste présente les Gilets jaunes comme des personnes « qui regardent la télé, parce qu’ils n’ont pas beaucoup de distractions dans la vie. » Plus tard, le 20 janvier 2019 sur BFMTV, Christophe Barbier proposait au gouvernement de « monter un peu en pression sur des évacuations de ronds-points, ou peut-être sur l’arrestation de certains leaders » (du mouvement des Gilets Jaunes, ndlr). Partis pris. Militant on vous dit !

« Fais ce que je dis, ne fais pas ce que je fais »

« Fais ce que je dis, ne fais pas ce que je fais ». Cela pourrait être le slogan qui caractérise Christophe Barbier. Éditorialiste omniprésent sur les plateaux télés de BFMTV notamment, celui-ci se targue d’avoir des opinions pondérées. Il se prétend « passionnément raisonnable ». Comme dans Franc-Tireur, où il écrit avec les personnalités modérées bien connues comme Rachel Khan, Brice Couturier, Jean Garrigues…

Christophe Barbier n’est pas à une contradiction près et affirme ses incohérences avec un aplomb aux accents d’évidences. D’un côté, il se clame allergique aux excès. De l’autre, il ne cesse d’affirmer dans l’excès ses positions clivantes. Christophe Barbier explique qu’il exprime une opinion provocatrice sinon, « c’est de l’eau tiède ». Docteur Jekyll et M. Hyde. Une contradiction sur patte.

Christophe Barbier : ni de gauche ni de droite ? Mais quand même un petit rap dédié à Emmanuel Macron

Christophe Barbier dit défendre un journalisme engagé, mais non partisan. Qui lui a offert sa fameuse écharpe rouge ? Carla Bruni, l’épouse de Nicolas Sarkozy. La « mission » de Christophe Barbier ? Offrir un « maximum d’éléments » aux lecteurs « pour qu’ils puissent éclairer et former leur jugement ». Totalement neutre et transparent, puisque on vous le dit !

Christophe Barbier rajoute même qu’il ne doit « donner aucune consigne de vote ». Champion ! Problème, Christophe Barbier a affirmé qu’il fallait voter Macron en 2017 et a écrit en 2018 un rap dédié… au président de la République. Christophe Barbier de conclure: « Les idées pour lesquelles je me bats depuis 30 ans sont bien représentées par Emmanuel Macron. » Ni de gauche, ni de gauche ?

Franc-tireur, un hebdomadaire pas franc du tout

Depuis octobre 2021, Christophe Barbier est directeur de la rédaction de l’hebdomadaire Franc-Tireur. Le nouvel outil de ce Don Quichotte de l’édito est un journal papier qui se donne pour vocation de pourfendre la radicalité des extrêmes. Quand celui-ci n’en vient à pomper le travail d’autres journalistes. Selon le site Arrêt sur images, l’enquête de l’hebdomadaire sur le groupuscule d’extrême-droite « Zouaves Paris », est « issue quasi-intégralement du travail d’autres journalistes indépendants, et dont un « témoignage » est même un plagiat pur et simple. » « Pour la déontologie, on repassera », assène Arrêts sur Images sur Twitter.

Grâce à ce nouveau journal, Christophe Barbier brandit sans trembler l’étendard de la Raison et de l’universalisme républicain, dont il serait le porte-parole légitime. Dans sa logique, les deux extrêmes se touchent. « Revoilà la petite musique de la « convergence des extrêmes », jouée par les médias dominants au prix de la mutilation du débat et d’une révision de l’histoire », écrit Action Critique Médias (ACRIMED). Voila LE maux médiatique : « extrêmes ». Un mot qui en dit moins sur ce qu’il est censé dire que sur ceux qui l’utilisent. Tout ce qui sort de la sacro sainte raison libérale, est « extrême » pour Christophe Barbier.

Peu importe le séisme bancaire en 2008, peu importe l’extrême dangerosité de l’économie de marché révélé au moment du Covid. Peu importe que 5 personnes détiennent autant que 27 millions d’autres dans le pays, peu importe que 100 multinationales soient à l’origine de 70% des émissions de gaz à effet de serre, peu importe que le capital détruise et l’humain et la planète. Tout ceux qui osent critiquer le capitalisme sont repeint dans la seconde en dangereux extrémiste. Mais les gens qui défendent un système avec 10 millions de personnes survivant sous le seuil de pauvreté et un réchauffement climatique tel que le mercure va s’envoler la semaine prochaine au dessus de 40°C dans plusieurs régions du pays, est-ce que ce ne sont pas les Christophe Barbier les vrais extrêmes ?

L’éditorialiste tente de faire vivre un pseudo tête-à-tête aux extrêmes, et de faire apparaître la macronie comme le camp de la raison. Petit parisien enrubanné dans son écharpe et son élitisme, aspiré par des polémiques stériles, Christophe Barbier prend les chaînes d’opinions pour une sorte d’agora grecque où se dérouleraient des débats télévisés entre gens dit intelligents. Au mépris d’un débat public sain. En méprisant ce(ux) qu’il ne connaît pas, creusant chaque jour un peu plus le fossé entre le système médiatique et les citoyens.

Par Agnes Medjad