Portrait – Mathilde, la chanteuse engagée contre la grossophobie qui rejoint Mélenchon

Le chanteuse Mathilde est un des nouveaux visages chez les insoumis. L’artiste a rejoint le Parlement de l’Union populaire. Elle compte porter un combat qui ronge des millions de citoyens mais dont on ne parle jamais : la grossophobie. Mais également la lutte contre le validisme. Entretien portrait.

Mathilde : une voix pour le corps des femmes

Artiste, chansonnière, musicienne, Mathilde fait entendre sa voix depuis l’adolescence non seulement par le chant mais également par son militantisme. Ses premiers pas politiques, elle les les fait au sein du Parti socialiste. Mais rapidement, elle comprend qu’elle n’a pas sa place dans ce parti, qu’elle considère de droite. « Je suis allée du Rose au Noir ». Anarcho-féministe, Mathilde comprend l’urgence, l’importance de participer aux échéances électorales présidentielles.

A 20 ans, sa carrière de chanteuse démarre dans le milieu du jazz puis petit à petit elle s’oriente vers la chanson engagée. Cela fait 5 ans, que par l’écriture et la diffusion de chansons féministes, anarchistes et libertaires, elle est reconnue en tant que chanteuse engagée.

Un combat lui tient particulièrement à cœur : le corps des femmes. Dans sa chanson il était une fille, l’artiste dénonce les violences conjugales. Dans son dernier clip, où elle reprend l’Hymne des femmes, on peut admirer le visages de toutes ces battantes, des anonymes, des personnalités politiques telle que Raquel Garrido et Danielle Simonnet, ainsi que des personnalités du monde de la culture comme Juliette. Parmi les nombreux combats que Mathilde mènent, celui de l’acceptation de soi et de son corps est central, comme à travers sa lutte face à la grossophobie.

« Les femmes n’ont pas à s’excuser de leur corps, il faut arrêter de nous soûler ! »

            Mathilde ne s’en cache pas, elle est femme et grosse. Rien que le fait de s’affirmer fait de cet acte un acte dissident. Elle ne s’est jamais excusée de son poids, de la place qu’elle prend physiquement. Pourquoi devrait-elle s’excuser d’être grosse alors que les personnes minces ou maigres n’ont pas à le faire.

Son militantisme se traduit également lors d’interventions au sein d’associations féministes, en tant que modératrice lors de groupes de paroles sur la grossophobie, afin de toucher surtout les personnes indirectement concernées, et qui peuvent se montrer grossophobes. « Ce n’est pas aux victimes de régler les problèmes des bourreaux».

La grossophobie : une lutte féministe

Pour elle, la grossophobie est un thème féministe, car ce sont massivement les femmes qui en souffrent. Cette oppression permanente face à la standardisation du corps, ce contrôle coercitif, a forcément un impact sur la santé des gens. Impénitente dans l’espace public et médiatique, Mathilde n’hésite pas à détourner les commentaires désobligeants qu’elle reçoit « à la pelleteuse » sur les réseaux sociaux de la part de nombreux trolls, et d’en faire des outils pédagogiques pour dénoncer les propos grossophobes.

Ce militantisme lui permet de toucher un public plus jeunes et plus concernés par ce phénomène, la grossophobie sévissant fortement dans les différents milieux scolaires (collèges, lycées, facs). Pour elle d’ailleurs, l’école actuelle, en attendant une véritable réforme dans le sens sociale, est « un goulag et un pénitencier pour les personnes un tant soit peu différentes ». Les personnes grosses n’ont pas à s’en vouloir, n’ont pas à culpabiliser. Ce combat n’est pas évident à mener pour tous, elle se rend compte que tout le monde n’est pas armé de la même façon pour affronter cet harcèlement. 

Mathilde : porte-voix du chansigne

            Mathilde a joué, écrit, co-mis en scène et co-produit un spectacle « vusical ». Un spectacle alliant le chant, la langue des signes et le chansigne. Le chansigne étant une forme d’expression permettant d’interpréter par la langue des signes les paroles d’une chanson en suivant le rythme de la musique. Passionnée par les langues depuis toujours, Mathilde s’est intéressée par le biais d’un ami à la langue des signes, et interroge la place des personnes sourdes dans la société et leur inclusivité dans le monde de la musique.

La musique étant composée d’ondes, les personnes sourdes perçoivent bien la musique, mais par une approche corporelle différente des entendants. En créant ce spectacle, elle voulait réunir deux types de public : un sourd et un entendant. Sur scène, se joue en miroir le même spectacle interprété d’un côté par une artiste sourde et de l’autre par Mathilde. Au delà de faire se réunir des personnes sourdes, des personnes mal-entendantes et des personnes entendantes, ce spectacle permet d’appréhender la musique d’un autre biais, par le partage des ondes entre les êtres. Ce spectacle lui a permis également de se séparer de certains membres de son équipe profondément validistes dont son manager qui ne comprenait pas l’intérêt de monter un spectacle à destination des personnes sourdes.

Mathilde
Mathilde.

En projet sur son deuxième album, Mathilde souhaite inclure le langage des signes à toutes ces chansons, rendre accessible sa musique aux sourds et mal-entendants, ainsi que lors de sa future tournée afin que ces concerts soient adaptés à tout public. Dans le milieu artistique, il n’existe que peu de spectacle hybride, très peu de choses se font pour ouvrir les portes de la culture aux personnes sourdes et malentendantes. Emmanuelle Laborit et l’IVT (International Visual Theatre) font partie des rares à le réaliser.

En combat contre le validisme

Ce combat contre le validisme, Mathilde le mène depuis longtemps. Ayant certains de ses proches souffrant de handicaps psychiques et elle-même souffrant de pathologies handicapantes dans l’espace public et urbain, elle se sent personnellement concernée. Profondément révoltée devant tant d’injustices quotidiennes, elle ne comprend pas pourquoi en 2021, malgré une prise de conscience générale, les actes ne suivent pas.

Pourquoi il n’y a pas de sous-titres au cinéma ? Pourquoi dans le métro il n’y a pas d’annonces visuelles du prochain arrêt en plus de l’annonce vocale ? La surdité fait partie de ces handicaps invisibles, ignorés. Pour Mathilde, il serait tellement facile que cet handicap n’en devienne plus un si on appliquait le principe d’inclusivité dès l’école. Après tout, la langue des signes est une des deux langues officielles de la France. Elle pourrait très bien être enseigné en simultané, le signe et le mot ne faisant qu’un.

Dans toutes ces créations, Mathilde souhaite au maximum rendre accessible à tout public ses créations. Ayant le projet de créer un podcast, elle sait qu’il lui faudra faire un transcript écrit et pour les vidéos intégrées des audio-descriptions. Le rôle de l’école et plus largement de l’éducation lui semble primordial pour l’émancipation des êtres. Et ce n’est pas par hasard que Mathilde soit également pédagogue de la voix.

La voix : outil de réappropriation du « corps-sujet et non du corps-objet »

A travers des cours de chant ou d’allocution, Mathilde permets à ses élèves, que ce soient des acteurs ou des personnalités politiques, de mesurer l’étendue de leur voix. Cet accompagnement vocal se veut psycho-pédagogique, afin de libérer sa voix à travers la verbalisation de l’intime. Par une approche non-violente et holistique de l’expression vocale et de l’expression corporelle, même lors d’un cours de chant, il est important de prendre en compte le vécu de la personne afin de viser les problèmes empêchant une expression libre.

La voix n’est pas seulement un son émis par notre corps mais son expression, elle résonne partout dans notre corps. Ce problème d’expression est, pour elle, lié au fait que l’on vive dans un monde où l’on dissocie l’extérieur de l’intérieur, en particulier les femmes. « On n’est toujours invité à nous regarder de l’extérieur mais pas à habiter nos corps ».

La voix en tant qu’outil de la réincarnation de la personne dans son entier. La voix et le chant comme outils de l’expression de l’intime. Cette pédagogie permet d’aborder la voix par le biais d’une dimension plutôt charnelle, expression du corps, liée à une autre dimension plutôt spirituelle, expression de son intimité. C’est une véritable « reconquête de la voix au sens audio mais aussi au sens de sa parole, et de sa parole libre. »

Pour une 6ème République

Ce n’est donc pas par hasard que Mathilde se retrouve membre du parlement de l’Union Populaire. Malgré ses convictions profondes anarchistes, elle mesure l’importance de participer aux élections présidentielles surtout au sein de notre 5ème république où le pouvoir peut facilement dériver en une monarchie présidentielle comme actuellement. Mais cela ne reste pas un exercice évident que d’aller mettre un bulletin dans une urne pour elle. Accepter d’aller voter au sein d’un système « dégueulasse » c’est participer à ce système pour elle. Et c’est pour ça qu’il lui en faut beaucoup pour la convaincre.

Déjà en 2017, Mathilde a soutenu la campagne autour de Jean-Luc Mélenchon. Même si pour elle la personnalité de Mélenchon n’est pas un soucis, elle apprécie particulièrement son humour et ses coups de gueule, c’est le programme qui prévaut. « Ni dieu, ni maître ». Elle lit tous les programmes, elle veut s’assurer de retrouver ses convictions, ses combats dans ceux dont elle se sent proches, et également ceux des adversaires politiques pour mieux les contrer.

« On n’élit pas le président de la République comme un délégué de classe. On ne choisit pas le mec le plus sympa de la récré, on choisit un programme » : Mathilde

Le programme doit donc être : « de gauche-gauche et non de gauche-droite, détaillé, chiffré et complet ». En somme, le programme de la France Insoumise. Tous les critères sont réunis. « On n’élit pas le président de la République comme un délégué de classe. On ne choisit pas le mec le plus sympa de la récré ». Ce programme est la promesse qu’on peut changer le système actuel en un système plus juste, plus humain. Ce qui d’ailleurs pour elle ne peut  pas se faire s’en passer à une 6ème République, ce que propose de mettre en place le programme de l’Union populaire, et ce depuis 2017. « Dépyramidaliser la gestion citoyenne de la France », casser le patriarcat, ne peuvent se faire que par l’établissement d’une 6ème République plus égalitaire et plus équitable.

Tous les combats menés, toutes les luttes quotidiennes, Mathilde les porte dans sa voix. Une voix profonde, sûre d’elle, douce, apaisante et généreuse. Elle reflète la personnalité de cette anarcha-féministe, anti-capitaliste et écologiste. Le parlement de l’Union Populaire doit être fier de compter parmi ces membres Mathilde.

Rachel Outhier