Sécurité globale : vous mettez la France en cage !

Intervention de Jean-Luc Mélenchon le 24 novembre 2020 contre la proposition de loi « sécurité globale ».

« Président, collègues, ministres, alerte ! Alerte ! Après 22 lois soi-disant sur la sécurité sans que personne n’en ait jamais fait le bilan en 30 ans, à présent vous en rajoutez 7 en l’espace de 3 ans. 7 lois en l’espace de 3 ans. Et le but est maintenant assez clair : un régime autoritaire se met en place dont le but est de contrôler tout le monde, tout le temps, partout. Sans aucune restriction à ce droit de se mêler de la vie de chacun à tout instant.

D’une loi d’initiative parlementaire vous avez tiré le moyen de faire une cage électronique dans laquelle vous voulez enfermer la France. Une cage dans laquelle en permanence, par les caméras piétons, les drones, la reconnaissance faciale, l’interconnexion des caméras de vidéosurveillance privées dans les parking et les halls d’immeubles, s’ajoute une interdiction de plus : l’interdiction de regarder, c’est-à-dire l’interdiction de filmer pour permettre qu’on voit.

La dangerosité d’une telle disposition, vous en avez rendu compte vous-même, monsieur le ministre, ce matin, car vous avez dit : « les images que j’ai vues cette nuit m’ont choqué, c’est pourquoi je demande un rapport de l’Inspection Générale de la Police Nationale ». Donc vous voyez que les images sont très utiles pour réprimer les abus de pouvoir et vous voyez que la première des libertés dont les citoyens ont à jouir c’est celle de pouvoir contrôler ceux qui exercent l’autorité.

Reculez monsieur le ministre ! Arrêtez tout ça ! À quel abîme roule la France de cette manière ? D’autres présidents, d’autres gouvernements avant vous ont reculé. Qui pourtant se sentaient sûrs de leur bon droit. Le président François Mitterrand à propos de la loi sur l’école privée, le président Jacques Chirac à 4 reprises et notamment sur la réforme des retraites qui lui tenait à cœur en 1995. Le président François Hollande lorsqu’il a voulu faire adopter la déchéance de nationalité. Il n’y a pas de honte à reculer lorsque l’on s’aperçoit que la voie dans laquelle on s’est engagé nuit à la patrie et à l’idée qu’on se fait de la République.

La répression des gilets jaunes avait déjà été condamnée par le haut commissaire aux droits de l’homme de l’ONU dont on a parlé tout à l’heure, par le Conseil de l’Europe, par le Parlement européen. Plusieurs institutions internationales auxquelles vous vous référez si souvent se sont exprimées sur cette loi. Le 16 novembre, le Conseil des droits de l’homme de l’ONU parle d’atteintes importantes aux droits de l’homme et aux libertés fondamentales en France. Le 23 novembre c’est la Commission européenne dont vous vous réclamez tout le temps qui dit que les États membres doivent respecter le principe de proportionnalité et trouver le juste équilibre entre la garantie de sécurité publique et la protection des droits, et elle ajoute, cette Commission européenne, qu’elle se réserve le droit d’examiner la législation finale afin de vérifier sa conformité avec le droit de l’Union européenne. Vous allez bientôt pouvoir faire un club avec monsieur Orban, avec le président de la Hongrie et avec celui de la Pologne. Montrés du doigts par toute l’europe démocratique comme étant des apprentis tyrans qui dirigent des régimes autoritaires.

J’ajoute enfin que ce samedi, et au fil des navettes qui vont offrir le passage de cette loi du Sénat à l’Assemblée et vice-versa, renoncez à la violence. Renoncez au système du nassage qui donne lieu à chaque fois à des débordements incroyables de violence dans le pays et dans les rues. Reprenez le tour tranquille des gardiens de la paix. Il est temps qu’il y ait une reprise en main de la police républicaine, parce que comme vous ne tenez pas la police, vous ne tenez plus que par elle et elle vous tient. Elle vous tient ! C’est elle qui vous dicte ce qu’il faudrait faire. Et de qui parle t-on ? De deux syndicats de factieux qui n’hésitent pas une seule fois à insulter les parlementaires, à menacer et à assiéger les sièges et même les sièges de télévision.

Le moment venu, après ces manifestations, si le peuple Français le veut, nous appliquerons une stratégie de désescalade entre la police et les citoyens. Nous interdirons les grenades et les LBD dans les manifestations. Nous supprimerons l’Inspection Générale de la Police Nationale qui est spécialisée dans l’art de regarder ailleurs pour la remplacer comme en Grande-Bretagne par une institution indépendante pour la déontologie de la police. Nous abrogerons cette loi, nous retirerons du droit commun les lois d’exception que vous y avez mises. Et enfin nous rétablirons le code de déontologie qu’avait imposé à la police nationale le grand ministre Pierre Joxe qui avait mis au premier rang le respect des droits de l’homme et de la République que vous en avez retiré. »

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