Urgences : vous allez devoir payer si vous n’êtes pas hospitalisé

Le gouvernement pense avoir trouvé sa méthode infaillible pour désengorger les services d’urgences : un forfait payant à la charge des patients pour tout passage ne nécessitant pas une hospitalisation. Cette nouvelle mesure prévue dans le projet de loi de financement de la sécurité sociale s’appliquera dès 2021. Une mauvaise nouvelle pour les patients, mais aussi pour le personnel de santé.

Un forfait payant pour décourager les patients ?

Actuellement, les patients qui se rendent aux urgences doivent s’acquitter de 20 % du coût des soins, le reste étant pris en charge par la Sécurité sociale. La dépendance de 20 % effectuée par les patients, est pour beaucoup d’entre eux remboursé par leur complémentaire santé, lorsqu’ils peuvent en avoir une.

Avec la nouvelle mesure du gouvernement, c’est un « montant forfaitaire » qui viendra remplacer cette dépense du patient lorsque le passage aux urgences ne débouchera pas sur une hospitalisation. Aujourd’hui 80% des visites à l’hôpital ne débouchent pas sur une hospitalisation. 80% des patients des hôpitaux se verraient donc imposer ce nouvel impôt. Le montant fixe à régler est encore inconnu pour l’instant, mais il pourrait rebuter plus d’une personne à se rendre aux urgences, quitte à se priver de soins.

C’est le cas de nombreux habitants des « déserts médicaux » qui n’ont pas ou peu accès aux généralistes et qui se rendent donc plus facilement aux urgences en cas de problème de santé. Plutôt que de renforcer les moyens dans les hôpitaux et de redéployer les services publics sur tout le territoire, le gouvernement vise la réduction de la fréquentation des urgences par cette dissuasion qui semble risquée et dont les contours sont encore troubles.

Un « montant forfaitaire » encore inconnu

Si le gouvernement cherche à tempérer sa décision en indiquant qu’elle permettra de limiter le reste à charge pour les patients, rien ne garantit que ce sera le cas en 2021. En effet, le montant fixe du futur forfait devra être « défini par arrêté ». Autant dire que le prix à payer reste pour l’instant la grande inconnue de cette annonce. Peut-on s’attendre au pire ?

Sur les réseaux sociaux, les réactions n’ont pas tardé concernant l’annonce de ce « forfait patient urgences » pour 2021. De nombreux médecins et personnels du monde médical ont critiqué cette décision. Caroline Fiat, aide-soignante et députée LFI à l’Assemblée nationale a ainsi interpellée le ministre de la Santé : « Pour lutter contre l’engorgement des urgences, il faut plus de personnels de santé, pas une restriction de l’accès aux urgences ! »

Une hausse des frais à prévoir pour les femmes enceintes, les invalides et les malades chroniques

L’autre effet principal de cette nouvelle mesure concernera les femmes enceintes, les malades chroniques ou encore les invalides. Actuellement, ces personnes étaient dispensées de ce ticket modérateur et ne devaient donc rien régler lors de leur passage aux urgences. Dès 2021, elles devront désormais payer, elles aussi, une version minorée de ce forfait. Si le montant n’est toujours pas indiqué pour l’instant, cette dépense supplémentaire devrait faire parler. Une nouvelle preuve que le gouvernement cherche à réduire les coûts à tout prix.

Plutôt que de donner des moyens supplémentaires à l’hôpital pour assurer ses missions, l’État poursuit sa marchandisation de la santé. Emmanuel Macron continue, avec cette nouvelle mesure, le travail de longue date de destruction de l’Hôpital Public entamé par ses prédécesseurs. Comme souvent à la fin, ce sont les plus précaires qui devront mettre la main à la poche.

Par Maxime Charpotier.

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