Macron

« Nous sommes la cible d’un pouvoir à bout de souffle » : ce vibrant appel à la résistance face à Macron

L’élection d’une socialiste dissidente en Ariège a généré un chœur de louanges où se retrouvaient autour des mêmes mots des membres du gouvernement, des porte-paroles du Rassemblement national, des socialistes anti-Nupes, des figures du Printemps Républicain. Tous s’enthousiasmant pour cette victoire d’une gauche… dans le « bon camp ». Mais de quel camp parle-t-on ?

Billet de Juliette Prados pour l’insoumission.

Rappelez-vous, c’était le 18 novembre 2019. À une riveraine qui lui déclarait être gilet jaune, le préfet Lallement répondait : « eh bien, nous ne sommes pas dans le même camp, madame ».

La phrase avait choqué, à raison. Nous tous, citoyens, ne sommes que d’un seul camp : la République. Quelques mois plus tard, une nouvelle sortie, sur les malades du Covid hospitalisés, l’avait contraint à s’excuser. Mais sur cette histoire de camps, pas d’excuses, pas de contrition.

Le temps a passé, le Préfet Lallement s’en est allé s’occuper de la mer. Mais aujourd’hui ses mots résonnent à nouveau drôlement.

Le Président Emmanuel Macron fait face à une mobilisation sociale inédite. Jamais la population n’a été à ce point unie dans le rejet d’une de ses réformes.

Comme au temps des gilets jaunes, chaque sortie devient périlleuse. Comme au temps des gilets jaunes, la police est prise par surprise, joue au chat et à la souris dans les rues de Paris. Mais cette fois, les corps intermédiaires sont de la partie. Les syndicats font front, unis. L’opinion ne fléchit pas. Et l’exécutif ne peut plus compter sur le confort d’une large majorité docile.

Alors le Président recourt à ses armes favorites : la division d’abord. La répression ensuite.

Diviser pour mieux régner

Diviser pour mieux régner, un art dans lequel Macron excelle : Il y avait ceux qui réussissent et ceux qui ne sont rien, il y avait les progressistes contre les souverainistes, il y avait les républicains contre les islamogauchistes, les modernes contre les amiches… il y a désormais les bons et les mauvais opposants.

Les bons opposants, ce sont ceux qui « manifestent leur colère légitime » pacifiquement. Le folklore Bastille Nation merguez est adoubé par le seigneur… adoubé mais pas entendu, n’exagérons rien Il n’ira pas jusqu’à ouvrir sa porte aux syndicats. Tout juste leur fera-t-il la grâce de sa condescendance. Aux autres, à « la foule », on envoie la milice. On sort les lacrymos, les LBD et la troupe… pardon, la BRAV-M. On interpelle des jeunes parce qu’ils chantent dans la rue. On met en joue, on garde à vue. On intimide.

Les bons opposants, ce sont ceux qui à l’Assemblée ou au Sénat accepteront de discuter quelques aménagements sur un coin de table pour monnayer leurs voix sur la réforme des retraites ou tel autre texte de loi. Se renier c’est être raisonnable. Les autres, ces dangereux, bien campés sur leurs deux jambes, regardez comme ils sont bruyants, sanctionnons-les !

Dans la rue comme au parlement, la machine macroniste maîtrise le story-telling et en abreuve les chaînes d’info. On envoie une préfète raconter qu’on a saisi des boules de pétanque, on laisse fuiter une note des RG qui s’inquiète que des casseurs « pourraient empêcher la manifestation de bien se dérouler », et voilà campé le paysage qui justifiera que pleuvent les coups de matraque indistinctement sur tous manifestants. On organise la curée dans l’hémicycle dès qu’un député tweete ou condamne un peu fort. Et on sanctionne. Yaël Braun Pivet l’a confessé elle-même sur RTL dimanche dernier : l’exclusion du député Thomas Portes (qui, rappelons-le, a écopé d’une sanction aussi lourde que celle de Grégoire de Fournas lorsqu’il a tenu des propos racistes) n’était pas liée à son tweet mais au fait que « l’ensemble des députés » (comprenez, les députés d’Ensemble !) s’était ému qu’il prenne la parole « suite à ce tweet ». Cette prise de parole intervenait en réalité plus de 30h après le tweet en question et consistait en la simple défense d’un amendement retraites.En résumé, les députés de la majorité ont sanctionné pour un tumulte qu’ils avaient eux-mêmes sciemment organisé.

Une mécanique bien rodée, qui atteint son paroxysme à Sainte-Soline, où le gouvernement abreuve les chaînes d’infos des images  de deux camions de gendarmerie brulés pour justifier ses propres exactions. En omettant une précision pourtant indispensable à une bonne lecture des événements : les quelques casseurs qui s’en sont pris à ces camions l’ont fait en réplique aux  charges démesurées que les forces de l’ordre avaient d’emblée fait subir à des milliers de manifestants pacifiques.  Lorsque Macron évoque quelques jours plus tard « des milliers de personnes venues pour faire la guerre » on est en droit, face aux témoignages des journalistes et manifestants présents sur place, de se demander s’il ne parlait pas de sa police.

Une politique de l’intimidation

Pointer du doigt. Sanctionner. Discréditer. Intimider…. Et parfois même dissoudre, comme on l’a vu avec l’association Les Soulèvements de la Terre.

Que cherchent-ils au juste ?  

Depuis quelques jours, ils réactivent leurs éléments de langage pour faire des insoumis l’ennemi public n°1. Et avec eux toute organisation ou individu qui leur paraitraient associés de près ou de loin. En chœur avec LR, ils nous désignent coupables de toutes les violences, nous vouent aux gémonies, parfois même appellent à la démission de certains de nos députés. D’une main ils nous frappent et de l’autre ils caressent la joue du Rassemblement national.

Nous sommes en droit de nous inquiéter. Alors que se multiplient les rappels à l’ordre à l’égard de la doctrine répressive de Macron – la défenseure des droits, la LDH, l’ONU… et jusqu’à la maison blanche – de Renaissance au RN en passant par LR se dessine un arc réactionnaire qui joue la surenchère dans la discréditation de la France insoumise. Nous délégitimer est un sport à la mode. Jusqu’à quel point ?

Nous sommes en alerte face aux propos d’un Président qui se pose en « rempart face à la violence et à l’anarchie » tout en nous accusant de « surfer sur les violences » et de vouloir « délégitimer les tenants de l’ordre responsable », ou de son Garde des Sceaux qui, entre deux bras d’honneur dans l’hémicycle, accuse Jean-Luc Mélenchon de vouloir « détruire la République », rien de moins.

Nous avons suffisamment étudié le Lawfare pour savoir que les pouvoirs n’ont aucun scrupules à recourir abusivement à la justice lorsqu’ils se sentent menacés. On se souvient que François Ruffin avait il y a quelques années été surveillé par la DGSI pour sédition.  On se rappelle également le dispositif stupéfiant déployé pour perquisitionner la France insoumise en 2018.

L’annonce de l’ouverture d’une enquête pour outrage envers Jean-Luc Mélenchon et Arié Alimi parce qu’ils se sont permis de remettre en cause les BRAV-M, réincarnations des voltigeurs mises en place en 2019 pour pratiquer la chasse aux gilets jaunes, est un indicateur inquiétant d’un nouveau glissement vers un régime de plus en plus autoritaire.

Les déclarations de Gérald Darmanin dans le JDD et sur Europe 1 franchissent un pallier supplémentaire en pointant un prétendu « terrorisme intellectuel » responsable de tous les maux. Il emprunte à la vulgate d’extrême droite pour disqualifier la gauche. Dans le même temps, des groupes fascistes s’en prennent aux manifestants, brûlent la voiture d’un maire projetant d’ouvrir un centre d’hébergement pour migrant à saint-Brévin, s’attaquent aux fidèles d’une mosquée à Echirolles, font circuler des listes « d’ennemis » sur les réseaux sociaux. Listes où l’on retrouve… ceux-là mêmes que Darmanin accuse de terrorisme !

 Nous sommes la cible d’une pouvoir à bout de souffle.

Pour aller plus loin : Retraites : Macron n’a jamais été aussi seul, nous n’avons jamais été aussi nombreux

 Un pouvoir qui orchestre une violence physique et judiciaire pour détourner l’attention de la violence sociale qu’il impose depuis des années. Qui sert les intérêts des plus forts pour affaiblir encore les plus précaires et ceux qui les défendent.

Face à ce rouleau compresseur, alors que la réaction s’organise pour dispenser ses leçons de bienséance sur les antennes, nous devons faire acte de résistance et de vigilance.

Par Juliette Prados