Procès en incompétence et mépris de classe contre Rachel Kéké à LCP

Rachel Kéké. Sur la chaine LCP, la journaliste Sophie de Ravinel s’est offert un beau morceau de mépris de classe ce lundi. À l’occasion d’une interview d’Alexis Corbière, cette « journaliste » a pointé un nécessaire besoin de formation de Rachel Kéké, l’une des porte-parole de la grève historique des femmes de chambre de l’hôtel Ibis Batignolles, aujourd’hui candidate aux législatives sous la bannière NUPES dans la 7ème circonscription du Val-de-Marnes.

Rachel Kéké s’est faite remarquer en faisant vibrer la Convention de la Nouvelle Union Populaire samedi dernier. Elle s’est y est affirmée comme l’une des portes-voix de ces essentielles sans qui la France ne tient pas. Forte d’une victoire épique contre la Direction de l’Ibis Batignolles après une grève historique de vingt-deux mois, elle n’est pourtant pas jugée légitime sur le plateau d’Elisabeth Martichoux. Un recul républicain des journalistes de LCP, qui en dit beaucoup sur le mépris de classe des élites. Notre article.

« C’est nous, les essentielles. Sans nous, il n’y a pas de France » : standing ovation pour l’intervention de Rachel Kéké à la Convention de la Nouvelle Union Populaire

Le 9 mai, Alexis Corbière, député LFI de Seine-St Denis était reçu à LCP dans l’émission d’Elizabeth Martichoux. La journaliste Sophie de Ravinel l’a interpellé en faisant un procès en illégitimité à Rachel Kéké, candidate de NUPES dans la septième circonscription du Val de Marne.

Sophie de Ravinel, journaliste au Figaro, est inquiète. Rachel Kéké, femme de chambre, peut entrer à l’Assemblée. Elle n’est pas professionnelle de la politique, elle n’a pas reçu de formation. Pourquoi s’attaquer seulement Rachel Kéké ? La « journaliste » ne le précisera jamais. Visiblement, vingt-deux mois de grève, vingt-deux mois comme porte-parole des femmes de chambre de l’Ibis des Batignolles, avec à la clé une victoire homérique pour elle et ses camarades, ne rentrent pas dans les critères de légitimités requis par la LCP.

Sa conscience de classe aiguisée, ne semble pas non plus importer à la journaliste. Pourtant, non loin du plateau de LCP, ce samedi du côté d’Aubervillers, son intervention tonitruante à la convention de la NUPES a déclenché une bruyante standing ovation. Elle a littéralement enflammé l’auditoire et déclenché une salve d’applaudissement quand elle a tonné au micro « la sous-traitance, c’est la maltraitance, l’humiliation, le rabaissement. Nous les femmes de chambres avons mené cette lutte jusqu’à la victoire, et pourquoi pas aller jusqu’à l’Assemblée décider des lois concrètes. C’est nous, les essentielles. Sans nous, il n’y a pas de France ».

Ambroise Croizat, Pierre Bérégovoy, Caroline Fiat, Adrien Quatennens, Rachel Kéké : mépris de classe contre les dominés qui s’engagent en politique

Un moment fort lors d’une prise de parole sincère et salutaire qui a marqué cette Convention. À vraie dire, cette question de formation, sur laquelle Brigitte Boucher revient à la charge plusieurs fois au cours de ce court passage, fleure le mépris de classe le plus rance. La journaliste semble suspecter que le métier de Rachel Kéké, ne lui permette pas de comprendre les travaux du Parlement.

Tout le monde sait bien qu’un ouvrier tel Ambroise Croizat, Ministre du Travail et qui a porté le projet de loi instituant la Sécurité Sociale, ou Pierre Bérégovoy, ouvrier fraiseur devenu Ministre de l’Économie de 1984 à 86, et même premier Ministre de 1992 à 1993, ne sauraient entrés dans l’hémicycle sans se couvrir de ridicule, ou montrer patte blanche.

Plus proche de nous, c’est Adrien Quatennens qui a été moqué comme le « député call center » par des députés LREM au début de son mandat. Caroline Fiat, première aide soignante de l’Histoire à entrer à l’Assemblée, moquée par la macronie comme la « députée bac – 2 ».

« J’ai plus à apprendre de Rachel Kéké, qu’elle n’a à apprendre de moi » : la réponse d’Alexis Corbière

Alexis Corbière, d’abord décontenancé par la question de la journaliste, répond qu’au vu de sa connaissance concrète de la réalité de millions de Françaises et Français, elle est tout à fait légitime dans la représentation nationale. Le porte-parole insoumis répond qu’il a même plus à apprendre de Rachel Kéké, qu’elle de lui. Mais ce n’est pas assez pour la journaliste qui repart sur ce « besoin de formation ». Elisabteh Martichoux en rajoutant une couche en soutenant sa confrère « la question est légitime ». Vraiment ?

La journaliste ne semble pas emballée à l’idée de voir une députée de combat entrer au Palais Bourbon. Pourtant, oui, la voix de Rachel Kéké est indispensable dans les murs de notre Assemblée. Oui, il est indispensable que ces essentielles, que Rachel Kéké connait mieux que tous les députés, soient représentés.

Rachel Kéké, une essentielle indispensable à l’Assemblée 

Ce sont elles qui ont tenu le pays durant la crise sanitaire. Elles qui le tiennent encore aujourd’hui. Elles qui se lèvent à cinq heure du matin pour aller se presser dans des métros bondés. Elles qui ont payé un lourd tribut au Covid. Elles qui sont frappées plus que les autres dans leur travail par la discrimination, le harcèlement sexuel, le handicap et la mort.

Elles qui ressentent dans leur chair le poids du travail. Elles qui meurent plus jeunes. Elles qui sont pourtant déconsidérées et qui peuvent donc être jugées incompétentes pour représenter le peuple. Elles qui représenteraient pourtant mieux que quiconque le peuple à l’Assemblée nationale. Les 12 et 19 juin, on envoie Mélenchon à Matignon, et de vraies représentantes du peuple à l’Assemblée.